22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 12:52

Votre santé, c'est notre avenir, est un recueil de type thriller dont quatre nouvelles sur les cinq qu'il comporte offrent la particularité de pouvoir se lire aussi bien indépendamment qu'à la suite les unes des autres, comme un roman. Il sort en version ebook sur Amazon, Kobo et la Fnac, et début mai au plus tard en version papier. L'occasion aussi de permettre aux lecteurs de découvrir gratuitement en format ebook la toute première de ces nouvelles, Le Vagabond.

 

Pour celles et ceux abonnés à ma newsletter, ne vous étonnez pas de n'avoir rien reçu de ma part, j'attends que la version papier soit disponible pour la faire partir, ayant à coeur d'éviter de spammer.

 

Votre santé, c'est notre avenir, c'est d'abord une novella de 27 000 mots (environ 90 pages) qui vient conclure (en laissant tout de même la porte ouverte à d'éventuelles suites) les trois nouvelles précédentes de type thriller fantastique que j'ai autopublié depuis septembre 2013, Le Vagabond, Le baiser de la lionne, et Shopping. On y retrouve Vick Lempereur, déjà présent dans Le Vagabond et Le baiser de la lionne, et une mention est faite de Karine Lagoumenie, personnage de scientifique, apparue dans Shopping. La nouvelle GPS, ou Grand Pouvoir Séculaire, est la seule à être complètement indépendante des quatre autres, mais j'estime qu'elle a sa place dans ce recueil.

 

 

Hanté par les spectres de son passé et d’autres fantômes, bien réels, Vick Lempereur revient en France dans l’espoir de trouver une solution à son don de double vue. Son cousin Henri, qu’il n’avait pas revu depuis des années, travaille justement dans l’un des plus gros laboratoires du pays. Le remède qu’entend lui administrer ce dernier n’est malheureusement pas à son goût, et bientôt, Vick se retrouve en train d’enquêter sur les dessous peu reluisants de l’industrie pharmaceutique.

 

Amazon   Kobo   La Fnac    Apple  

Je souhaitais proposer aux lecteurs avec le recueil Votre santé, c'est votre avenir, un livre plus léger (220 pages) et plus abordable dans sa version papier (14€). La version ebook est quant à elle à 2,99€.

 

Ce recueil représente à la fois pour moi une nouvelle expérience d'écriture et une manière d'essayer de toucher un autre public, ayant pour préférence des histoires ancrées dans le quotidien. Les différentes histoires peuvent être lues à partir de 16 ans (oui, il y a des scènes "chaudes" ici et là).

 

C'est aussi l'occasion de relifter les pages accueil et Fantastique de mon site d'auteur.

 

 

Amazon   Kobo   La Fnac    Apple    Google Play

 

Ancien mercenaire devenu vagabond en Afrique, Vick Lempereur n’est pas épargné par la vie. Aussi tortueux qu’imprévisible, son itinéraire va le conduire à mener l’enquête dans le train le plus long du monde suite à un meurtre mystérieux en Mauritanie (Le Vagabond), à se lancer sur la piste d’une lionne au cours d’un safari en Tanzanie (Le Baiser de la lionne), et enfin à infiltrer l’un des plus grands laboratoires de France (Votre santé, c’est notre avenir). Vick devra y trouver le remède à son étonnant don de double vue, qui est pour lui une malédiction. Deux autres nouvelles de type thriller, Shopping et Grand Pouvoir Séculaire (GPS), viennent compléter ce recueil punchy, rythmé et épicé. Un cocktail détonnant.

 

Comme je le disais en exergue, j'offre pour la première fois Le Vagabond, première nouvelle du recueil, téléchargeable en format epub et kindle. On la trouve déjà sur l'iTunes Store, Kobo et La Fnac. Il faudra attendre un ajustement de prix d'Amazon pour pouvoir également l'y télécharger gratuitement.

 

Cela me permet d'accomplir l'un de mes objectifs, permettre au public de me juger sur pièce à la fois sur la Science-Fiction, avec Les Explorateurs, la Fantasy avec Une brève histoire d'Ardalia, qui comprend les cinq premiers chapitres du Souffle d'Aoles (nos amis anglophones peuvent aussi retrouver les cinq premiers chapitres de The Breath of Aoles), et enfin le thriller fantastique avec Le Vagabond.

Et l'avenir ? Eh bien, je compte m'atteler à un ou deux romans de type thrillers avant de revenir vers la SF.

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 15:02

L'histoire gratuite de ce lundi est issue du recueil de space opera (SF) Les Explorateurs, réédité en 2011. Elle restera une semaine sur ce blog avant de disparaître. Vous pouvez vous la procurer sous format ebook sur  mon site d'auteur , Amazon, Apple, Kobo et la Fnac, ou vous procurer le recueil complet sous format ebook et papier sur Amazon, ou sous format ebook sur Amazon, Apple, Kobo et la Fnac. Et si vous habitez dans la région parisienne et que vous souhaitez vous procurer un exemplaire dédicacé du recueil, bien sûr, vous pouvez vous rendre à l'une des séances de dédicace indiquées sur la colonne de droite de ce blog.

 

 

La journée de travail avait été longue et épuisante, au mental comme au physique. Le lieutenant Jim Shirba, médecin attaché à la Neuvième Division de la Deuxième Compagnie aérospatiale de l’Armée de la Confédération avait les traits empreints de lassitude, toute étincelle de dynamisme effacée de ses prunelles cerclées de brun. Sa démarche habituellement énergique, celle d’un homme en forme ayant à peine dépassé la trentaine, avait cédé la place à un pas lourd, traînant. En empruntant les coursives menant au bar de la station Equinox 3, il ne pouvait s’empêcher de ressasser les images de plaies suppurantes, de chairs lacérées ou déjà cautérisées qu’il avait eu à endurer jusque-là. Les blessures étaient de toute nature : écrasement, brûlures à divers degrés, fractures, démembrements, éviscérations, perforations de part en part, impacts de projectiles en tout genre. Incroyable la variété de moyens que les différentes espèces de cette portion de la galaxie employaient pour s’entretuer, alors qu’il serait tellement plus commode et plus propre pour tout le monde de régler le problème une fois pour toutes avec un bon vieux désintégrateur. Il y avait même une proportion non négligeable de morsures et de coups de griffes. Quelle sauvagerie primitive !

Savoir qu’il était seul responsable de sa présence ici ne rendait pas Jim moins amer. Dès qu’il avait appris que des troubles – le mot était faible, à la vérité – avaient éclaté sur Chrysalin, il s’était porté volontaire pour rejoindre la cohorte de médecins et chercheurs œuvrant en orbite géostationnaire au-dessus de la planète. Il était payé au rendement et avait calculé qu’il multiplierait par quatre à cinq ses revenus annuels. Un apport financier plus que bienvenu, qui lui permettrait d’éponger en partie les dettes contractées sur lAtlantis. Il soupira. En partie seulement, car ses dettes étaient écrasantes. Les propriétaires du cargo-casino de luxe auquel il devait ce gouffre budgétaire – d’accord, sa passion du jeu y était également pour quelque chose – étaient des armateurs sans scrupules qui le poursuivaient sans relâche. Ils lui avaient laissé entendre que son appartenance à l’Armée de la Confédération ne suffirait pas à les dissuader d’user de toutes les mesures nécessaires pour se faire rembourser. Compte tenu de la réputation de ses créanciers, ce que recouvrait ce « toutes les mesures nécessaires » avait de quoi donner le frisson. Les médias n’avaient-ils pas relaté la disparition mystérieuse de plusieurs anciens joueurs de lAtlantis ? Rien n’avait pu être prouvé au moment des faits, évidemment…

Jim secoua la tête tout en examinant les reflets de lumière sur le sol. Il devait cesser de penser à tout cela s’il voulait trouver le sommeil cette nuit. Cesser aussi de penser au risque qu’un de ses nombreux patients se mette dans l’idée de lui intenter un procès au cas où il jugerait avoir été mal soigné. Un tel risque était d’autant moins négligeable que Jim travaillait dans l’urgence, à la limite de ses capacités – il n’avait pas le choix.

Les accords qui parvinrent à ses oreilles lui firent lever les yeux. Ils provenaient du bar, mêlant avec plus ou moins de bonheur d’insolites sonorités synthétiques à de classiques instruments de percussion et d’autres à corde et à cuivre. Le rythme actuel, langoureux, était susceptible de s’accélérer à tout moment pour devenir plus entraînant.

Jim franchit le seuil de la grande pièce à l’éclairage tamisé. Peu nombreux furent les regards à s’attarder sur son mètre quatre-vingt-dix et ses sombres cheveux gominés coiffés vers l’arrière. La clientèle présentait un mélange hétéroclite de soldats de la Confédération en tenue et d’aventuriers dont certains portaient encore des stigmates de leur périple sur Chrysalin. Nal’Quans, Circaniens, Aïlthos, Kual’Thars, Humains, la diversité des espèces intelligentes coexistant dans un même lieu était peu commune. Jim n’y prêta guère attention, habitué à soigner des individus de toute origine durant la journée. Son regard s’arrêta sur l’estrade où des danseuses agréablement dévêtues se déhanchaient avec grâce autour de barres en titanium.

Il se sentit tout de suite beaucoup mieux. Ce soir, trois d’entre elles étaient humaines et incontestablement séduisantes. Il alla s’asseoir à une table non loin de la scène. L’emplacement n’était pas idéal – des Nal’Quans discutant bruyamment lui bouchaient la vue – mais une fois passée sa commande, en tordant le cou Jim parvint à apercevoir des courbes affriolantes. Les vêtements des danseuses se constituaient de polymères recomposables : leur coupe se modifiait en fonction de la musique et de la chorégraphie, dévoilant qui le galbe d’un sein, qui une épaule ou la courbure d’une cuisse. Couleurs et motifs changeaient également, passant du rouge agressif au blanc crémeux, des broderies aux paillettes.

En les observant Jim se prit à penser qu’il était resté seul trop longtemps. Plus jeune, le prétexte d’études longues et accaparantes avait été bien utile pour ne pas avoir à combattre sa timidité naturelle, spécialement en ce qui concernait ses relations avec les femmes. Devenu médecin il se satisfaisait de rencontres sans lendemain, de celles où il fallait payer pour s’offrir les services d’une professionnelle. Peu glorieux, sans compter que ce type de rapport s’accompagnait toujours d’un vague sentiment de culpabilité. Bah, de toute façon il n’avait pas de temps à consacrer à une liaison sérieuse.

L’une des danseuses était une plantureuse Asiatique, et il sembla à Jim que le sourire fugitif qui venait d’éclairer son joli minois lui était destiné. Il ébaucha un sourire en retour. Jim était certain que la ceinture qu’elle portait était munie d’un mini-com. En réglant son P-com sur le mode « contact personnel » puis en le pointant discrètement vers elle, les appareils s’échangeraient leurs coordonnées. Ne resterait plus alors qu’à lui laisser un message pour convenir d’un rendez-vous en toute intimité…

Il mit la main dans la poche contenant son communicateur, non sans quelque réticence toutefois. Les services de cette danseuse se révéleraient onéreux, or il s’était promis d’économiser chaque crédit pour accélérer le remboursement de sa dette. Voilà qui était contrariant. Jim inclina la tête de côté, se lissant des cheveux qui n’avaient assurément pas besoin de l’être davantage. D’un autre point de vue, s’il ne trouvait pas un moyen d’évacuer les tensions accumulées tout au long de la semaine, son efficacité et son rendement s’en ressentiraient tôt ou tard. Cette petite Asiatique connaissait à coup sûr des techniques qui le relaxeraient d’exquise manière… A cette idée ses doigts se refermèrent sur le mince boîtier métallique de son P-com.

« Puis-je m’asseoir ? »

Jim se retourna brusquement. La façon dont l’élégante jeune femme qui l’abordait avait forcé le ton ajouté à l’insistance avec laquelle elle le dévisageait lui firent prendre conscience qu’elle avait dû répéter sa question afin de l’arracher à la contemplation de la danseuse. Il piqua un fard, retirant avec précipitation la main de sa poche. « Euh… allez-y », balbutia-t-il.

L’inconnue s’assit en face de lui. Elle avait un visage sublime. Deux mèches blanches sur son front mettaient en valeur la noirceur de ses cheveux de jais, lesquels coupés courts formaient une courbe pour revenir en pointe vers ses joues, dont par contraste ils soulignaient le galbe. Quant à ses yeux turquoise, ils donnaient à Jim l’impression de plonger dans un lagon.

Le silence qui suivit fut tellement embarrassant que Jim se sentit très vite obligé de le rompre. « Euh… vous savez je ne regardais pas vraiment vers l’estrade. Simplement, l’une des danseuses me rappelait… une amie à moi… enfin, pas vraiment une amie, juste une vague connaissance… » L’inconnue souriait d’un air entendu, de sorte qu’il se tut sans achever sa piteuse explication.

« Vous n’avez pas à vous justifier, dit la jeune femme d’une voix suave légèrement amusée, cet endroit est fait pour se détendre.

— Euh… oui, bien sûr, bien sûr…

— Je me présente : colonel Helen Moss. » Elle lui tendit un omnicomp où était affichée sa sécuricarte et ses accréditations officielles, que Jim examina d’un œil surpris.

« Lieutenant Jim Shirba. Vous êtes en mission ? » La jeune femme était habillée en civil, mais Jim commençait à douter qu’elle se fût assise à sa table juste pour ses beaux yeux à lui. Ç’aurait été par trop extraordinaire.

« En mission non officielle, pourrait-on dire, répondit-elle en récupérant son ordinateur. Parlons plutôt de vous pour l’instant. Vous êtes médecin, n’est-ce pas ?

— Comment le savez-vous donc ? Cela se voit tant que ça ?

— J’ai pris quelques renseignements avant de venir à votre rencontre. La mission qui me préoccupe ne laisse pas droit à l’erreur. C’est votre première campagne n’est-ce pas ?

— La première de cette envergure, en tout cas. » Il y en aurait d’autres, s’il devait réussir à rembourser le casino Atlantis. De nombreuses autres, tout aussi épuisantes et qui le transformeraient en pantin privé de tout ressort.

« Le travail vous donne-t-il entière satisfaction ?

— Certainement, répondit Jim sans emphase.

— Vous ne semblez pourtant guère déborder d’enthousiasme… Vous savez, j’ai appris à lire sur les visages et le vôtre me dit que vous en voyez de dures. Etes-vous sûr que vous ne risquez pas le surmenage ? 

— Je suis parfaitement apte à assumer mes fonctions, colonel, si c’est ce que vous demandez. » Cela dit en fronçant les sourcils et d’un ton sec. Cette femme cachait derrière sa beauté sereine une bonne dose de perspicacité, ses insinuations avaient le don de mettre Jim mal à l’aise.

« Allons, ne montez pas ainsi sur vos grands chevaux. Loin de moi l’idée de mettre en doute vos capacités, votre dossier est très élogieux à ce sujet. Mais il se trouve que j’aurais peut-être le moyen d’adoucir votre sort, sans pour autant diminuer votre solde, bien au contraire. Dites-moi, êtes-vous au courant de la situation sur Chrysalin ?

— Je le pense. » Et comment, qu’il était au courant. La galaxie entière devait l’être !

Tout avait commencé quand deux explorateurs avaient effectué à distance une série de relevés des ressources de la planète Chrysalin, nouvellement découverte par un télescope orbital. Afin de ne pas éveiller de soupçons, les deux hommes ne s’y étaient pas posés et n’avaient envoyé à la Compagnie d’Exploration Interplanétaire que des données anodines, se gardant bien de dévoiler la vérité : les relevés authentiques indiquaient une atmosphère propre à la vie et surtout, des gisements considérables d’or et de pierres précieuses aisément extractibles. Leurs efforts pour affréter le plus discrètement possible un cargo de fort tonnage avaient eu l’effet inverse de celui escompté, attirant l’attention sur eux. Pour quel autre motif que des richesses extraordinaires deux explorateurs loueraient-ils au marché noir un bâtiment de cette envergure en exigeant de leur fournisseur le silence ? Le bruit avait enflé et s’était répandu à la vitesse de la lumière. Avant même que la rumeur puisse être confirmée, des centaines de pillards et aventuriers de tout poil débarquaient sur ce qu’ils imaginaient être le nouvel Eldorado. Ou tentaient d’y atterrir. Bien plus tard, il s’était avéré que des cristaux géants pointant en surface déréglaient les systèmes nanoélectroniques des vaisseaux spatiaux, entraînant la chute brutale et inexpliquée de ceux qui traversaient leur zone d’influence. Cette donnée essentielle était alors inconnue, les crashs étant attribués à de mauvaises conditions atmosphériques ou à la maladresse de leurs pilotes.

Néanmoins, ces drames furent bientôt relégués au rang de simples péripéties. L’atmosphère de Chrysalin, quoique respirable pour la plupart des espèces, recèle en effet une toxine difficilement détectable provoquant des hallucinations paranoïdes, toxine vraisemblablement sécrétée par la végétation. Ceux qui avaient eu la chance de se poser sans dommage et estimaient pouvoir débarquer sans respirateurs s’étaient rapidement mis à délirer, puis avaient commencé à s’entretuer. Certains avaient été neutralisés, quelques-uns s’étaient enfuis.

Les rescapés ayant conservé suffisamment de lucidité pour se munir de respirateurs avaient eu une nouvelle désagréable surprise en ne découvrant aucune richesse naturelle là où elles étaient répertoriées, car les cristaux géants paraissaient également devoir dérégler les scanners longue portée, lesquels livraient alors de fallacieuses informations. En désespoir de cause les survivants s’en étaient remis à l’exploration méticuleuse de Chrysalin, se persuadant que les bonnes vieilles méthodes sont toujours les plus sûres… Sauf qu’ici, de nouvelles défaillances étaient survenues à l’approche des cristaux. Comme il est aisé de le concevoir, les moins graves n’avaient pas été celles affectant les respirateurs. Les individus de différentes espèces, se croyant protégés, avaient à leur tour succombé à leurs pulsions agressives, s’entredéchirant avec tous les moyens dont ils disposaient. Et cette fois à grande échelle.

Etant donné les problèmes de communication et le chaos généralisé en surface, de nouveaux vaisseaux amenant des pillards avaient continué à se poser ou à s’écraser sur Chrysalin, les occupants de ceux qui atterrissaient sans encombre apportant chaque jour un peu plus de confusion et de démence sur la planète.

Un véritable désastre en somme, jusqu’à ce que la flotte de la Neuvième Division établisse enfin un blocus en règle, interdisant l’accès aux Relais d’Accélération. Prudente, l’armée avait en premier lieu dépêché des drones d’observation, déterminant les endroits les mieux appropriés à un débarquement. A l’aide des données recueillies tant bien que mal – de nombreux drones ayant été désactivés ou parasités –, des chercheurs d’Equinox 3 avaient fini par pointer du doigt l’influence néfaste des cristaux. Un vaccin avait été mis au point pour neutraliser les effets de la toxine, rendant inutile l’utilisation de respirateurs. Depuis, l’infanterie avait débarqué dans les zones fiables. Selon la formule officielle, Chrysalin était « en voie de pacification. »

La bonne blague. L’infirmerie ne désemplissait pas, ce qui signifiait qu’à tout le moins des troubles devaient subsister.

Les magnifiques yeux turquoise le sondèrent un instant. « Que savez-vous exactement ? »

Jim le lui précisa, son interlocutrice acquiesçant ponctuellement. Quand il en eut terminé elle embrassa du regard les alentours, puis appuya discrètement sur une broche fantaisie qu’elle portait au revers de la poitrine. A la manière dont elle se pencha ensuite vers lui et se mit à parler sur le ton de la confidentialité, Jim aurait misé gros sur l’existence d’un brouilleur vocal dissimulé derrière l’innocent motif de fleurs dérudéiennes.

Il dut à son tour se rapprocher pour percevoir malgré le bruit ambiant les mots qui sortaient de sa bouche. « … relevés indiquant la présence de gisements d’or et de pierres précieuses étaient effectivement erronés. Cela ne signifie pas pour autant que ces ressources soient totalement absentes de Chrysalin. Voyez-vous, je commande un détachement chargé de surveiller un ancien temple abandonné, érigé par une civilisation non encore identifiée. Par chance, le temple a jusqu’ici échappé aux recherches des pillards. Des cristaux sont présents sur les lieux, mais leur portée est limitée. J’ai pu me rendre sur place à l’occasion d’une reconnaissance. Un scan suivi de tests de validité m’a appris que la salle centrale recèle des richesses considérables. Bien moins importantes que ce que la rumeur originelle suggérait, à la vérité, mais suffisamment pour enrichir plusieurs personnes une vie entière. J’estime la marge d’erreur du détecteur à moins de 0,05 %. J’ai déjà échafaudé un plan basé sur la rapidité et qui limitera les risques au maximum.

— Nous y voilà donc… vous comptez vous emparer de ce trésor. Vous savez que je pourrais vous dénoncer ?

— Ce serait la parole d’un lieutenant contre celle d’un colonel. Et qu’en retireriez-vous ? Etes-vous prêt à laisser échapper l’assurance de vivre en millionnaire jusqu’à la fin de vos jours, simplement en échange du sentiment du devoir accompli ? »

Jim demeura un instant silencieux, pesant le pour et le contre tout en tapotant des doigts la surface de la table. Quand il reprit la parole, une étincelle brillait dans ses yeux. « Vous savez, je… je crois que vous me ressemblez (Helen haussa les sourcils. Jim rosit et se tortilla sur sa chaise). Je veux dire… vous êtes une joueuse et vous êtes prêt… euh… prête à risquer beaucoup pour obtenir encore davantage. Cela me plaît.

— Vous m’en voyez enchantée. Dois-je comprendre que vous acceptez de vous joindre à moi pour cette mission ?

— Ce... c’est cela. Je suis tout à fait prêt à me joindre à vous… enfin, à vous accompagner, bien entendu (le visage de Jim vira à l’écarlate). Je… j’aurais juste besoin d’en apprendre davantage.

— Excellent. Ecoutez-moi attentivement, car je ne vais pas me répéter… »

 

L’omnicomp d’Helen Moss en main, Jim Shirba était soucieux. Pas précisément à la perspective de se mettre en danger en se rendant sur Chrysalin le lendemain, comme le prévoyait le plan d’Helen : si tel était le prix à payer pour s’affranchir de la menace que faisaient peser sur lui ses créanciers, il lui faudrait bien en passer par là. Non, c’était ses responsabilités immédiates qui l’inquiétaient. Agir dans la précipitation donnait rarement de bons résultats… Hélas, c’était l’unique option. Une délégation de xénoarchéologues escortés d’officiers de haut rang devait visiter le temple deux jours plus tard, il était impératif de les prendre de vitesse.

L’étonnante jeune femme qui venait de bouleverser sa vie s’était éclipsée, lui laissant à charge de trouver et de convaincre de se joindre à eux le soir même un Nal’Quan et un Circanien. Leur participation, lui avait-elle expliqué, était indispensable à la réussite de l’expédition. Elle ne voulait pas être vue en compagnie de l’un d’eux – ce que Jim ne comprenait que trop bien, car en tant que pièce maîtresse de son plan, Helen ne devait intervenir qu’indirectement autant que faire se pouvait.

Le Nal’Quan était un intendant nommé Britun chargé des technologies de première et de deuxième catégorie sur Equinox 3. Quant au Circanien, il s’agissait d’un informaticien répondant au nom de Gorkar. Selon Helen, le profil psychologique de chacun d’eux les prédisposait à l’acceptation de la mission. Jim espérait qu’elle ne s’était pas trompée et qu’il saurait se montrer persuasif. Par chance, l’omnicomp du colonel signalait leur présence à tous deux ici, dans le bar de la station. Leur photo 3D, que Jim venait de mémoriser, lui permettrait de les retrouver.

Faisant mine de se mettre en quête d’une consommation tout en prenant un air désinvolte, il circula quelques instants dans les allées. L’assistance ne lui prêtait aucune attention, trop occupée à admirer les danseuses, à converser – brailler semblait un terme plus adéquat – ou à boire.

Enfin, Jim crut reconnaître Gorkar. Ou plutôt, les Gorkar. Le signalement du Circanien, un individu de petite taille portant des cheveux rigides remontés en crête vers l’arrière, dépourvu de cou et à la peau jaune rugueuse correspondait en effet trait pour trait à non pas un mais deux personnes distinctes. Ils étaient assis face à face, l’un tenant amoureusement la main de l’autre dans les siennes en lui susurrant des mots doux. Jim ne connaissait pas toutes les lois des Circaniens mais le clonage étant interdit chez eux, il en déduisit qu’il s’agissait de jumeaux. Quelles étaient leurs mœurs, il ne voulait pas le savoir. Par chance, ils avaient fini leur verre, ce qui lui laissait une chance d’interrompre leur babillage de tourtereaux. Il se rendit au comptoir et revint avec deux cocktails iridiens et un large sourire éclairant son visage. « Puis-je m’asseoir parmi vous ? » leur demanda-t-il en posant les coupes devant chacun d’eux. N’obtenant pas de réponse – seulement des regards furieux – il approcha un siège et s’assit sans autre forme de procès. « Lequel d’entre vous se nomme Gorkar ?

— Vous nous dérangez, étranger. Vous interrompez le cycle du hinglang. » La voix était rauque, sans aménité, le minuscule point jaune de la pupille au sein de l’iris noir le toisait de manière menaçante.

« Je suis Gorkar. Que me voulez-vous ? »

Jim se tourna vers le second individu qui venait de s’exprimer. Il paraissait à peine moins revêche que le premier. Inutile dans ces conditions de s’embarrasser de fioritures avec ces deux-là. Avant de répondre, Jim activa le brouilleur vocal que lui avait remis le colonel Moss avec l’omnicomp. « J’aurais besoin d’un informaticien pour une mission sur Chrysalin. Si vous deux savez rester discrets, il y a beaucoup à gagner et les risques peuvent être limités au minimum. Seriez-vous intéressé ?

— Cela dépend de ce qu’il y a à gagner exactement et de la mission, répondit Gorkar. De toute façon, je ne partirai pas sans mon frère Gorkan. »

Jim soupira. Déjà un imprévu, et il avait le sentiment que ce ne serait pas le dernier. Ce n’était pas le moment de faire la fine bouche, cependant, aussi ne chercha-t-il pas à argumenter et s’employa-t-il à leur expliquer dans les détails ce que lui avait confié le colonel, affichant même la sécuricarte de cette dernière sur l’omnicomp pour preuve de sa bonne foi.

L’argument porta ses fruits car Gorkar se passa un doigt potelé sous le nez et dit : « Mon frère et moi avons déjà essayé de découvrir de l’or sur cette planète, mais nous avons été faits prisonniers avant d’y réussir. Toutefois, si un colonel de l’Armée des Planètes Unies est prêt à risquer sa carrière, cela doit en valoir la peine (il se tourna vers Gorkan, qui acquiesça tout en lui caressant le bras, lui faisant les yeux doux). Nous acceptons.

— Bienvenue dans l’équipe. Restez ici, il me reste une dernière… formalité à accomplir, puis je reviendrai conclure l’affaire. »

Britun ne fut pas aisé à dénicher. Il jouait au maïli – un jeu de dés et d’adresse – avec des compatriotes plus jeunes dans un recoin si enfumé du bar que Jim passa à plusieurs reprises à proximité sans l’identifier. L’âge ne rendait pas sa main moins sûre à en juger par le sourire carnassier qu’il arborait. Interrompre la partie aurait été très mal perçu. Jim se contenta donc d’observer la scène quelques instants. Le vieil intendant affichait une jovialité communicative, tant et si bien que le petit groupe trinquait sans retenue. Jim comprit le manège de Britun quand il le vit profiter de l’inattention de son entourage pour ôter subrepticement de sa bouche un ballon d’absorption et l’escamoter avec une agilité de prestidigitateur dans l’une des larges poches de sa veste. Grisés par l’alcool, ses rivaux finissaient tous par manquer un de leurs jets de dés, heurtant l’un des plots électroniques répartis sur la table de jeu et se faisant éliminer les uns après les autres. Britun feignait l’ébriété en oscillant sur ses jambes, mais au bout du compte c’était lui qui retirait les marrons du feu. Jim le laissa gagner une nouvelle fois, puis s’approcha de lui. « Intendant Britun ? J’ai à vous parler, c’est important. »

Les rides au-dessus des yeux verts du Nal’Quan se creusèrent et la triple fente verticale de son nez s’étrécit, signe de contrariété. « Votre présence est indésirable, qui que vous soyez. Veuillez vous retirer. »

Les lèvres de Jim s’amincirent à leur tour et il murmura entre ses dents : « Suivez-moi si vous ne voulez pas que vos… compagnons soient informés du contenu de vos poches. »

L’autre eut un mouvement de recul et sa peau devint bleu pâle avant qu’il ne se ressaisisse. « Ah ! Mon vieil ami ! s’exclama-t-il en passant un bras sur les épaules de Jim. Cela faisait si longtemps ! » Puis, se tournant vers ses collègues : «  Nous avons à discuter » lâcha-t-il en s’éloignant en compagnie de Jim d’un pas subitement alerte. Ils les regardèrent avec curiosité, puis se remirent à jouer avec la ferveur et l’insouciance de la jeunesse.

Jim se débarrassa du bras importun au détour d’un pilier et invita Britun à prendre place à une table inoccupée. Commença alors une nouvelle explication, similaire en de nombreux points à celle fournie aux Circaniens.

« Une avance serait bienvenue, dit Britun – ses yeux luisaient de cupidité. Pour mes frais.

— Pas d’avance. Personne n’en a obtenu ni n’en aura. Chacun apporte son propre matériel et prend sa part de risques. C’est cela ou rien.

— Mmmf. C’est tout de même moi qui suis censé fournir la deuxième navette… Je suppose que je ne parviendrai pas à vous faire changer d’avis.

— Ce serait une perte de temps d’essayer.

— Je vois… Dans ce cas il vaudrait mieux pour vous que la récompense soit à la hauteur. L’élévateur anti-grav à double propulseur différentiable ne devrait pas être difficile à obtenir. En revanche, pour l’amplificateur sonore, cela sera plus compliqué. Je ne possède pas le niveau d’accréditation requis.

— Il nous en faut pourtant un. C’est vous l’intendant. Helen… le colonel Moss m’a certifié que vous étiez quelqu’un de débrouillard. J’espère qu’elle ne s’est pas trompée ?

— Mmm… A bien y réfléchir, il y aurait peut-être une solution (les yeux du Nal’Quan errèrent dans le vague). Oui, cela devrait convenir.

— Bien. Puisque c’est arrangé, il est temps pour vous de faire connaissance avec vos passagers de demain. Suivez-moi. »

La rencontre entre les Circaniens et le Nal’Quan se déroula sans imprévu, si ce n’est la réaction initiale de Britun quand il aperçut les jumeaux : s’il avait eu des sourcils il les aurait froncés, mais les rides sur son front se creusèrent l’espace d’un instant. Puis il reprit son expression habituelle, comme si rien ne l’avait perturbé. Après s’être mutuellement présentés ils échangèrent leurs coordonnées P-com et arrangèrent les derniers détails. Grâce à un ordre de mission figurant dans l’omnicomp d’Helen Moss, Jim se procurerait dès le lendemain matin une importante quantité de vaccins et immuniserait ses compagnons contre la toxine présente dans l’atmosphère de Chrysalin – ils fixèrent un horaire de rendez-vous dans sa cellule. A cette occasion, Jim transférerait du système du colonel Moss à celui de Britun le code de sécurité et les points de navigation permettant à un vaisseau civil de franchir le blocus militaire. Dès lors ils se sépareraient pour ne se retrouver qu’une fois sur la planète Chrysalin. Munie de son passe-droit et des coordonnées d’atterrissage, la navette de Britun devrait arriver à bon port sans difficulté.

L’affaire conclue, Jim et l’intendant repartirent chacun de leur côté, laissant Gorkar et Gorkan minauder et roucouler à leur table.

 

***

 

Allongé sur sa couchette, Jim repassait en pensée l’étonnant film des dernières heures. La proposition d’Helen – difficile de songer à elle en tant qu’officier – ne pouvait pas être une duperie. En effet à aucun moment elle n’avait demandé d’argent, et au cas où elle leur tendrait un piège elle aurait peu à gagner à les dépouiller – ils étaient tous des individus aux revenus modestes. Même dans l’éventualité où elle choisissait de les capturer pour le compte de l’armée, les chances qu’elle obtienne une promotion pour cela étaient minimes.

L’emprisonnement, néanmoins, n’était pas le seul risque. Si le point d’atterrissage qu’elle leur avait fourni se révélait erroné, le vaisseau de Britun risquait fort de se crasher, victime des perturbations générées par les cristaux…

Non, une telle chose ne se produirait pas. Le Nal’Quan ne donnait pas le sentiment d’être né de la dernière pluie, nul doute qu’il prévoirait le danger et effectuerait ses propres vérifications avant de partir.

Jim avait certes conscience de remettre sa vie et celle des autres entre les mains d’Helen – des mains par ailleurs si délicates et féminines – mais cela ne l’effrayait pas.

Quelle femme étourdissante tout de même. Ses adorables traits, son sourire lumineux, celui d’une princesse inaccessible… mais dont il essaierait envers et contre tout de ravir le cœur. Trop nombreuses avaient été les occasions de trouver l’âme sœur qu’il avait laissé échapper au cours de ses études et depuis qu’il avait décroché son poste.

Grand temps pour moi de saisir ma chance.

Si tout se passait au mieux, leur destin s’entremêlerait inextricablement comme les rameaux du lierre et ils connaîtraient le bonheur. Cela avait déjà commencé d’ailleurs, sinon elle ne se serait pas assise à sa table. D’accord, elle avait sans doute eu accès à son dossier puisqu’il lui fallait un médecin, mais s’il lui avait déplu il l’aurait senti et leur entretien ne se serait pas aussi bien déroulé. Oui, il avait toutes ses chances.

S’endormir en évoquant son doux visage était déjà savourer une part du délice d’être auprès d’elle.

 

Helen Moss se démaquillait avec un soin quasi professionnel. Elle aurait pu utiliser un impulseur à ultrasons pour ce faire, mais elle préférait maintenir ce petit rituel qui lui procurait une forme de relaxation.

Pour le moment, tout s’enchaînait à merveille. Elle ne doutait en aucune façon que le lieutenant Jim Shirba ait dès à présent convaincu Gorkar et Britun de se joindre à l’expédition. Ces deux-là avaient appartenu à un groupe de pillards que l’armée avait évacué de Chrysalin, ayant eu la chance d’échapper à la fois à l’influence des cristaux et aux atteintes de la toxine. Ils ne devaient rêver que d’une chose, retourner sur Chrysalin pour y découvrir de l’or.

A l’instant où elle avait persuadé Shirba, elle avait su que le plus difficile était surmonté. Cela avait été un coup de maître de recourir aux services d’un hacker pour déterminer les mouvements de crédits sur son compte – les relevés bancaires de plusieurs autres praticiens avaient également été sondés, avec moins de bonheur. En principe il aurait dû posséder des réserves non négligeables de crédits, puisque l’armée payait bien et que les médecins d’ici travaillaient au rendement. Pourtant l’historique de son compte prouvait qu’il ne restait jamais garni longtemps, d’importantes sommes transitant vers une destination opaque. Vraisemblablement des dettes à rembourser, car étant donné l’impression que lui avait fait l’individu, Helen doutait qu’il entretienne une maîtresse ou qu’il envoie une partie de son salaire à sa famille. Son état de fatigue apparent n’avait fait que renforcer ses espérances : l’homme devait avoir grand besoin d’argent pour se démener ainsi, c’était évident. Quand elle s’était avisée que l’échalas paraissait avoir un faible pour elle, l’exultation avait succédé à l’espoir. Il ne la trahirait pas.

C’était son problème à lui si ce Shirba avait un cœur d’artichaut, pour sa part elle préférait les mâles capables d’en imposer et de lui tenir tête plutôt que les mollassons la contemplant avec des yeux de merlans frits. Elle émit un reniflement de dédain et décida de se concentrer sur le positif en repassant son plan en revue.

Oui, vraiment, l’affaire s’engageait sous les meilleurs auspices.

 

***

 

Jim marchait d’un pas leste, une mallette anti-grav dans chaque main. La première contenait ses instruments habituels de médecin, la seconde était remplie de vaccins auxquels il fallait ajouter l’omnicomp d’Helen Moss. Laquelle serait satisfaite : il avait immunisé Gorkar, son frère jumeau ainsi que Britun. Le Nal’Quan lui avait assuré avoir une « solution de rechange » pour l’amplificateur sonore, tout allait donc pour le mieux… Ou plutôt tout irait pour le mieux si Helen ne se formalisait pas de l’arrivée d’un individu supplémentaire dans l’équipe.

Elle l’attendait comme prévu devant le sas d’amarrage numéro deux. L’uniforme seyait parfaitement à ce petit bout de femme. Elle semblait agacée, cependant.

« C’est ainsi que vous saluez, lieutenant ? » Le ton était tranchant, péremptoire.

Le sourire épanoui sur le visage de Jim se figea avant de disparaître. Il voulut aussitôt poser l’une de ses valises pour se conformer aux usages réglementaires, mais le fit avec tant de précipitation qu’elle tomba sur le côté, émettant un bruit métallique.

Le colonel lui rendit son salut d’un mouvement sec. « Jusqu’à ce que la première phase de l’opération soit terminée, murmura-t-elle, nous devons nous comporter en soldats et pas autrement. Enregistré ?

— Oui, colonel.

— Bien. Avez-vous fait ce qui était convenu ?

— Euh… oui colonel. Tout s’est bien passé. Le Nal’Quan et les… le… Gorkar, ils ont accepté de se joindre à nous. Et j’ai avec moi ce qu’il faut.

— Excellent. Dans ce cas, nous pouvons y aller. »

 

Craignant la réaction du colonel, Jim attendit que le chasseur léger de l’armée ait entamé sa descente dans l’atmosphère de Chrysalin pour lui révéler « l’inévitable » incorporation de Gorkan. Il n’avait pas terminé sa phrase que l’intéressée lui lançait un regard flamboyant tout en l’interrompant : « Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? Un nouveau membre dans l’équipe, et dont j’ignore tout par-dessus le marché ! S’il s’agissait d’une mission officielle, je vous aurais fait dégrader sur-le-champ. Moi qui pensais pouvoir compter sur votre loyauté…

— Elle vous est acquise, colonel. Je vous assure…

— Que vous n’ayez eu d’autre recours que d’accepter les conditions de Gorkar, passe encore. Mais vous auriez dû m’en parler d’emblée au lieu de me mettre devant le fait accompli. Si l’un de nous garde pour lui des informations aussi importantes, nous aurons toutes les chances de nous retrouver derrière les barreaux, en définitive. (Elle prit une longue inspiration.) Considérez-vous dès à présent comme responsable de chacun des actes de ce Gorkan. Et afin que vous gardiez en mémoire cet avertissement, sa part du butin sera prélevée sur la vôtre. J’espère pour vous qu’il n’y a pas d’autres… oublis ?

— Euh… non. Non, colonel. »

Après quoi un silence glacial s’installa dans le cockpit.

Ils traversèrent des couches de nuages bleutés et se posèrent sans encombre sur un plateau, aplatissant de hautes fougères violettes teintées de gris. Même une fois les rétro-propulseurs à l’arrêt, les fougères continuèrent à se tordre en tout sens. Jim activa son ajusteur gravitationnel, s’attendant à devoir modifier le réglage en fonction de la force du vent. Il fut surpris en descendant de la passerelle : pas un souffle d’air, et pourtant les hautes herbes ondulaient toujours comme autant de serpents.

« Ne vous inquiétez pas des végétaux, le rassura Helen, ils sont inoffensifs. »

Elle avait beau dire, les études menées jusqu’à présent suggéraient que c’était eux qui répandaient dans l’atmosphère la toxine empoisonnée, pensa Jim. Il la laissa le devancer et régla son pas sur le sien, s’efforçant d’ignorer la nervosité qui s’emparait de lui à mesure qu’ils approchaient du camp militaire de la Confédération.

Le calme semblait régner, les soldats pratiquant leurs exercices quotidiens avec une rigueur toute martiale. Helen rendit son salut à un officier qui s’avançait à leur rencontre, imitée par Jim.

« Rappelez les patrouilles, ordonna-t-elle sans préambule. Le lieutenant Jim Shirba ici présent doit procéder à une nouvelle série de vaccinations. »

Le capitaine Ed Gorkin, homme corpulent à la face rougeâtre et aux cheveux tirant sur le roux, ne fut pas surpris à la nouvelle d’une inoculation supplémentaire. Les scientifiques sur Equinox 3 optimisaient peu à peu leur vaccin et le dernier en date avait éliminé de nombreux effets secondaires causés par les précédents. L’idée de devoir rappeler les patrouilles le dérangeait en revanche bien davantage. « Sauf votre respect, mon colonel, ne pourrait-on pas immuniser les hommes par roulement, comme à l’habitude ?

— Nous n’en avons pas le loisir. Le lieutenant Shirba doit s’occuper de plusieurs autres camps d’ici la fin de la journée. »

Les yeux d’Ed Gorkin se posèrent sur Jim, qui hocha la tête en retour.

« Bien compris. A vos ordres, colonel. »

En attendant que les patrouilles reviennent, Jim demanda à inspecter les installations médicales du campement. Selon Ed Gorkin, une telle requête était une perte de temps peu compatible avec le planning chargé du médecin, mais il se contenta de hausser les sourcils. L’expérience lui avait appris que plus les ordres étaient contradictoires et absurdes, plus ils émanaient d’une autorité haut placée.

La trentaine de militaires que comptait au total le poste de surveillance fut enfin réunie et mise en rang. Jim avait fort à faire pour empêcher son bras de trembler en se servant de l’injecteur. Quelqu’un finirait par s’apercevoir à quel point il était pâle. On l’interrogerait sur les causes de sa nervosité et il serait bien en peine de répondre.

Il se concentra sur sa respiration, accomplissant la série de gestes avec tout le professionnalisme dont il se sentait capable en la circonstance, s’efforçant de bannir toute hésitation chaque fois qu’il appuyait sur la gâchette de l’injecteur. Enfin la corvée prit fin. Jim s’empressa de ranger son équipement et de récupérer ses mallettes avant de s’en aller au pas gymnastique, raccompagné par Helen vers le chasseur de celle-ci.

Des exclamations de stupeur et d’alarme retentirent derrière eux lorsque les premiers hommes s’effondrèrent. Tout reposait sur la simultanéité. Les premiers vaccins avaient la particularité de retarder quelque peu l’effet du soporifique auquel ils étaient mêlés alors que chez les derniers, l’analgésique devait agir presque immédiatement. Une simple question de dosage. Aucune des victimes ne devait résister assez longtemps pour tenter de les rattraper ou pire, d’appeler du renfort.

Jim et Helen attendirent que les cris se soient tus pour rebrousser chemin. L’inspection de chacun des corps endormis s’avéra plus que rassurante : aucun des P-com des soldats n’avait été activé. Sans tarder, Jim se dirigea vers le point d’atterrissage de la navette de Britun pendant qu’Helen s’affairait à neutraliser les systèmes d’alarme protégeant l’accès au temple et à transférer les fréquences de communication du campement vers son boîtier personnel.

Le vaisseau de Britun s’était déjà posé au moment où Jim arriva sur place. C’était un modèle ancien de transport léger, sa peinture défraîchie et piquetée de taches de corrosion suggérait qu’il avait plus que son content d’heures de vol. Le seul fait que Britun soit encore autorisé à le piloter malgré son aspect bringuebalant en disait long sur la débrouillardise du Nal’Quan.

Jim s’approcha du petit groupe et échangea des salutations. Deux détails retinrent d’emblée son attention. D’une part, les Circaniens avaient modifié leur coiffure, leurs cheveux aussi cassants que du verre pointant désormais vers l’avant. Ils arboraient une mine résolue en parfaite adéquation avec cette coupe agressive, très éloignée de leurs expressions langoureuses de la veille. Certainement s’étaient-ils préparés psychologiquement aux dangers que comporterait peut-être l’expédition. D’autre part, Britun avait le regard fuyant et paraissait préoccupé.

Jim se tourna vers lui. « Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez porter à ma connaissance, Britun ?

— Oh, non… rien de particulier. »

Le rictus du Nal’Quan démentait son propos, de sorte que Jim darda sur lui un regard introspectif. Britun se contenta de détourner les yeux, suscitant une pointe d’irritation et un froncement de sourcils.

C’est alors qu’un pas lourd fit trembler les barreaux métalliques de la passerelle d’atterrissage. Précédée de la rumeur d’une respiration sourde et profonde, caractéristique de l’emploi d’un respirateur, une silhouette massive apparut. La créature humanoïde devait mesurer près de deux mètres cinquante de haut, par comparaison les Circaniens aux côtés desquels elle prit place, un sourire béat sur le visage, faisaient figure de pygmées.

Passées les premières secondes d’atterrement, Jim empoigna Britun par le bras et le conduisit à l’écart. « Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-il en se retenant à grand-peine de crier.

— Eh bien… c’est un Mélusien, répondit Britun sur la défensive (il se massait le bras, mais son expression était partagée entre la gêne et l’inquiétude).

— Je vois bien que c’est un foutu Mélusien ! Mais qu’est-ce que cette grande asperge vient faire ici ?

— Du calme, du calme (Britun fit des gestes d’apaisement à l’aide de ses mains aux doigts palmés). Il vous fallait un amplificateur, non ? Les Mélusiens peuvent remplir cette fonction.

— C’était donc ça votre "solution de rechange" ? Vous n’avez rien trouvé de mieux ? Cette espèce de… de chose (les gestes de Britun devinrent frénétiques et si Jim n’avait pas été aussi en colère, il aurait remarqué la lueur dans les yeux du Nal’Quan lorsque ces derniers se fixèrent au-delà de son épaule) grotesque à l’intelligence d’un pois chiche ne pourra même pas franchir les portes du tem… »

Une main puissante avait saisi Jim par la peau du dos pour le tirer en arrière et en l’air. Les pieds battants désespérément dans le vide, il fut retourné d’une simple torsion de poignet pour se retrouver à quelques centimètres de la face violacée de colère du Mélusien.

« Quoi toi dire ? » rugit le monstre en le secouant comme un prunier.

Les mots étaient déformés par le respirateur mais compréhensibles. Jusqu’à ce que le colosse cesse de le malmener, Jim fut dans l’impossibilité d’émettre autre chose qu’un vague gémissement de terreur. Quand enfin le Mélusien s’y résolut, soit de sa propre initiative, soit qu’il eût été apaisé par les « du calme, Nur ! » murmurés avec angoisse par Britun, Jim était pâle comme un linge. Se retenir de vomir lui coûta un effort sur lui-même : guère le moment d’indisposer encore davantage le susceptible équipier dégoté par Britun.

Avant de parler, Jim avala péniblement sa salive. « Le… les mots ont dépassé ma pensée, Monsieur. Je… je ne voulais en aucun cas vous manquer de respect, je vous demande d’accepter mes… humbles excuses. Maintenant, si vous voulez bien me poser au sol… s’il vous plaît…

— Pose-le, Nur » dit Britun. Le Mélusien s’exécuta, mais bien qu’il le fît sans trop de rudesse, l’émotion avait coupé les jambes de Jim qui se dérobèrent sous lui. Il se retrouva sur son séant, conscient de son humiliation mais soulagé d’être toujours en vie.

Nur haussa les épaules en émettant un grognement et tourna les talons pendant que Britun se rapprochait de Jim et tendait la main pour l’aider à se relever.

Dans un restant d’humeur et de dignité, Jim refusa son aide et se remit debout tout seul, les jambes flageolantes.

« Vous devriez savoir que les Mélusiens ont l’ouïe extrêmement développée, fit remarquer Britun. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils peuvent remplacer les amplificateurs sonores. Je vous ai fait signe de ne plus parler, mais vous n’avez pas compris. (Jim lui jeta un regard venimeux pour toute réponse.) Il… il vaudrait mieux que vous immunisiez Nur contre la toxine afin qu’il puisse se passer de son respirateur. Vous voyez, ce serait dangereux pour tout le monde si son appareil venait à être victime d’un dysfonctionnement.

— Je le conçois fort bien. Mais ce que vous devez comprendre, c’est que vous aurez à récompenser Nur avec votre part du butin.

— C’est entendu, s’empressa de répondre Britun. Je ne veux pas d’histoires », précisa-t-il quand Jim, étonné d’un consentement si rapide, se mit à le considérer suspicieusement.

Nur dûment vacciné, le petit groupe rassembla l’équipement indispensable et prit la direction du campement. Britun pilotait à l’aide d’une télécommande l’élévateur anti-grav, volumineux container rectangulaire à l’intérieur duquel seraient transférées les richesses découvertes par Helen Moss – si richesses il y avait. Cette dernière question n’était pas ce qui préoccupait Jim pour l’heure. Le savon que lui avait infligé le colonel quand il lui avait révélé la venue d’un second Circanien ne serait rien comparé à sa réaction lorsqu’elle verrait approcher cette espèce de montagne vivante. Pour ce qu’il savait d’elle, peut-être empoignerait-elle son désintégrateur et tirerait-elle à vue. Et si par chance ce n’était pas le cas, un nouveau problème finirait par se poser : les Mélusiens avaient une véritable passion pour les pierres précieuses. Jim le pressentait, Nur allait devenir encombrant à plus d’un titre.

A quelques encablures seulement du camp militaire, Jim s’avisa que les jumeaux avançaient séparés de plusieurs mètres l’un de l’autre. Quand ils s'observaient à l’occasion, c’était en chiens de faïence. Que leur arrivait-il ?

Il eut à peine le temps de se poser la question que l’ajusteur gravitationnel de l’un d’eux – il n’aurait su dire s’il s’agissait de Gorkar ou Gorkan sans utiliser son omnicomp – fut parcouru d’un arc électrique. Le Circanien fit un « O » avec sa bouche, lâcha sa valise et se mit à s’élever en l’air. Ses moulinets désordonnés n’aboutirent qu’à le faire pivoter sur son axe, de sorte qu’il se retrouva la tête en bas et continua à prendre de l’altitude. Interloqué, Jim se tourna vers le second frère qui venait d’éclater de rire et désignait l’infortuné du doigt. Oui, il riait bel et bien, à tel point qu’il se soutenait les côtes de l’autre main.

Ce fut Britun qui réagit le premier. « Nur, mets-toi sous lui et prépare-toi à le rattraper, ordonna-t-il. Hé, toi là-haut ! cria-t-il, les mains en porte-voix. Désactive ton ajusteur ! Tout de suite ! »

Le malheureux se trouvait à quatre mètres au-dessus de Nur quand à force de tâtonnements il parvint à exécuter l’ordre. Il chuta et Nur le saisit par une jambe, évitant son crâne de justesse, lequel rebondit sur sa poitrine avec un bruit mat.

Jim et Britun accoururent à grandes enjambées. Nur avait posé le Circanien au sol et l’intéressé se massait les tempes, quelque peu groggy. Ses cheveux pliés en tout sens revenaient peu à peu à leur emplacement initial, comme mus par une volonté indépendante. Il examina tout d’abord l’humain et le Nal’Quan qui se penchaient sur lui sans paraître les reconnaître, puis battit des paupières, se reprit et les rassura sur son état de santé. « Nous autres Circaniens avons la tête dure, marmonna-t-il.

— Je ne comprends pas un tel dysfonctionnement, dit Jim en désignant la ceinture déréglée. Si un cristal de cette planète en est à l’origine, pourquoi avez-vous été la seule personne affectée ? Nous aurions dû l’être tous au même titre que vous. »

A peine eut-il formulé sa question que Britun lui fit signe de le suivre un peu plus loin. Ils s’éloignèrent de quelques pas, Jim scrutant impatiemment l’intendant.

« Vous ne connaissez pas le cycle du hinglang ? » s’enquit le Nal’Quan.

Jim avait l’impression d’avoir déjà entendu ce mot, mais en ignorait la signification et fit un mouvement de dénégation.

« Seuls les jumeaux circaniens sont capables d’expérimenter le cycle du hinglang, c’est pourquoi ils sont séparés à la naissance. Je ne sais comment ces deux-là se sont retrouvés, mais si d’autres Circaniens étaient présents, ils vous diraient que ce n’est pas une bonne chose qu’ils soient ensemble.

— Pourquoi cela ?

— Le cycle comporte deux phases, tout aussi extrêmes, se succédant périodiquement. Dans la première, les jumeaux se vouent un amour immodéré. Leurs cheveux s’orientent alors vers l’arrière. Au cours de la seconde, c’est le contraire : la malveillance prédomine, et chacun devient capable de commettre envers son frère les pires méfaits. On ne sait jamais quand cela va se produire. D’après leur coiffure, vous devinez à quel stade nous en sommes.

— Hélas, oui. Ce serait donc Gorkan qui aurait saboté la ceinture ? Il est électronicien.

— C’est certain. Et maintenant, Gorkar va chercher à se venger. Observez comment il regarde Gorkan qui continue à se moquer de lui. »

Gorkar s’était relevé. Raide comme un piquet, les poings serrés, ses yeux jetant des éclairs, il semblait en effet prêt à bondir en direction de son jumeau, ce qui ne faisait qu’accroître la jubilation et les provocations de ce dernier.

« Il… il faudrait que Nur accepte de les surveiller, murmura non sans inquiétude Jim.

— C’est fait, il vous a entendu. »

Surpris, Jim leva la tête vers le Mélusien. Celui-ci hocha la sienne en souriant – en lui souriant ! – et recouvrit presque d’une main démesurée le torse de Gorkar. Après quelques instants de vains trépignements, le Circanien dut se résigner à hausser les épaules et à tourner le dos à son frère.

« Vous voyez que Nur peut se révéler utile. » Les prunelles de Britun brillaient et Jim acquiesça à contrecœur.

 

Dire que la rencontre entre le colonel Helen Moss et le Mélusien Nur fut tendue serait une atténuation de la réalité digne d’un diplomate andosien. En sortant de la tente d’où elle venait d’effectuer le transfert des protocoles de communication vers son P-com, c’est à peine si Helen remarqua Jim et les autres tant son attention se focalisa sur la menaçante masse de chair et de muscles que représentait pour elle le Mélusien. Elle tressaillit, devint livide et referma une main crispée sur la poignée de son désintégrateur.

Avant qu’elle ait pu dégainer, toutefois, Jim s’élança et posa les mains sur les siennes. « Tout est sous contrôle, Helen. Vous n’avez pas à vous inquiéter. Le Mélusien est avec nous. C’est notre… (il déglutit en reconnaissant le feu couvant sous le regard du colonel) allié. Vous avez toujours le contrôle des opérations… colonel.

— Pourquoi dans ce cas ai-je l’impression que la situation m’échappe totalement ? Qui est celui-ci ?

— Euh… soyez aimable avec lui, colonel. Il est… disons, très attentif et tout aussi susceptible. Il s’appelle Nur et c’est un élément très précieux dans l’équipe. Non pas que je cautionne sa présence, notez-le bien. Mais remarquez ses magnifiques oreilles (Jim désigna d’un haussement de menton les imposantes oreilles en chou-fleur parcourues de circonvolutions plus complexes que celles de n’importe quel être humain). Elles lui permettront de remplacer à bon escient l’amplificateur sonore.

— Je suppose que c’est à vous que je dois cette nouvelle magnifique surprise ? Je vous avais pourtant prévenu…

— Non, non, colonel. C’est une initiative de Britun. Une initiative très personnelle et qui n’a à aucun moment reçu mon aval. Je n’en avais pas même connaissance ! Vous comprenez, il n’a pas pu se procurer d’amplificateur. Bien sûr, je l’ai déjà averti qu’il aurait à partager ce qui lui reviendra du butin avec Nur. »

Helen ferma les paupières et se tint l’arête du nez entre le pouce et l’index, vivant symbole de mécontentement et de contrariété. Au bout de quelques secondes elle soupira profondément, planta Jim sur place et prit la tête du groupe, les lèvres serrées.

Ils marchèrent plusieurs heures en direction de l’ouest, s’engageant dans ce qui s’apparentait au lit asséché d’un fleuve bordé de hautes roches déchiquetées, d’un gris anthracite. Le lourd silence n’était troublé que par le bruissement de leurs pas. Les fougères mouvantes se raréfièrent peu à peu, ce dont Jim se réjouit. Nur s’était placé entre les jumeaux, les dissuadant par sa seule présence de toute tentative malencontreuse. Autre motif de satisfaction, depuis que l’ajusteur gravitationnel de Gorkar avait été réinitialisé, l’appareil semblait fonctionner correctement.

Au terme de leur itinéraire, ils aboutirent à un cirque rocailleux au fond duquel se dessinait une porte de conception moderne. Selon Helen le temple avait été creusé au-delà, à l’intérieur de la roche. Rien d’étonnant à ce qu’il ait échappé aux recherches des pillards, pensa Jim.

« Lequel d’entre vous est Gorkar ? demanda sévèrement Helen aux jumeaux une fois qu’ils se furent arrêtés au pied de la porte de titanium.

— C’est moi, répondit l’intéressé en avançant d’un pas.

— Bien. Sortez votre dispositif de déverrouillage. (Elle se tourna vers le Mélusien.) Vous, euh… Nur, écoutez les sons émanant de la porte et prévenez-nous de toute modification phasique.

— Je l’ai déjà informé de ce qu’il doit faire, intervint Britun. Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien.

— Comment avez-vous su ce que je lui demanderais ? s’enquit Helen.

— C’était facile, sachant que vous recrutiez un hacker et que vous vouliez un amplificateur sonore.

— Fort bien. Au travail, vous deux ! »

Nur se pencha vers la porte pendant que Gorkar reliait à l’aide d’un câble électromagnétique son omnicomp à cette dernière et commençait à pianoter tout en examinant à l’écran les fluctuations nanoélectroniques.

Jim profita du délai pour s’approcher d’Helen. « Pour quelle raison ne possédez-vous pas le code d’ouverture de la porte ? » Jim crut tout d’abord qu’elle n’allait pas répondre, et quand elle le fit, il aperçut une fugitive expression d’agacement. Mais l’intonation de son harmonieuse voix était neutre.

« Elle a été installée juste après la première reconnaissance. Je n’ai malheureusement pas été l’unique personne à détecter les métaux précieux à l’intérieur, et depuis seules les huiles en possèdent le code. »

A deux reprises Nur poussa un grognement en guise d’avertissement, ce qui contraignit Gorkar à interrompre son pianotage avant d’entrer de nouvelles instructions destinées à contrecarrer le système d’alarme intégré à la porte. Au moment où l’étoile bleutée Ezedna disparut à l’horizon, les vêtements des aventuriers adaptèrent leur température aux besoins de chacune des espèces – celle de l’ample manteau vert clair de Britun demeura stationnaire.

Dans un glissement ouaté et au profond soulagement de la petite compagnie, la porte s’ouvrit enfin. Britun fut le dernier à entrer, manœuvrant son élévateur afin de ne pas heurter un mur. Nur se tenait avec l’air d’un chien battu tête courbée dans le couloir pour ne pas toucher le plafond.

Helen ordonna à Gorkar de déclencher la fermeture sans verrouiller. Ne laissant pas au Circanien le temps de s’exécuter, Britun s’interposa. « Ne vaudrait-il pas mieux la laisser ouverte ? Afin de pouvoir sortir plus aisément en cas de problèmes. C’est l’unique accès, non ?

— Effectivement, il n’y en a pas d’autres. Comme je l’ai dit, la porte ne sera pas verrouillée, mais si nous la laissons grande ouverte, cela paraîtra très suspect.

— Vous avez pourtant neutralisé les gardes ? Et de toute façon avec la nuit qui tombe, personne ne s’en apercevra.

— Des patrouilles qui ne sont pas sous mon commandement peuvent survenir. Je ne veux prendre aucun risque. (Elle fit un geste de la main, et Gorkar ferma la porte sous le regard désapprobateur de Britun.) Allons-y maintenant. »

Helen se porta de nouveau à l’avant et alluma une sphère éclairante, illuminant un corridor rectiligne dont la pente descendait légèrement. A peine eurent-ils progressé d’une centaine de pas qu’elle fit signe de s’arrêter. « A quelques dizaines de mètres d’ici se trouve l’un des cristaux perturbateurs, incrusté dans la roche du couloir. Fort heureusement son rayon d’action est très faible. Britun, je vais m’installer dans l’élévateur pour le diriger de l’intérieur. Les autres, désactivez toutes les technologies dont vous disposez avant de me suivre, y compris les ajusteurs gravitationnels. Vous vous sentirez simplement un peu plus lourds l’espace de quelques instants, rien d’insurmontable.

— Qu’allez-vous faire avec l’élévateur ? interrogea Britun.

— Franchir le passage, évidemment. J’ose espérer que le double propulseur est bien différentiable ?

— C’est le cas.

— Je vais donc prendre place. Montrez-moi les commandes manuelles.

— Ne vaudrait-il pas mieux que je le guide moi-même ? Je suis plus familier que vous avec cette technologie.

— Non. Moi seule sais où s’étend la zone de perturbation (elle fronça les sourcils). Vous m’avez fait confiance jusqu’à présent et tout s’est déroulé comme prévu, pourquoi ne pas continuer ?

— Je crois, intervint Jim, que nous serions tous plus rassurés si nous grimpions dans l’élévateur avec vous. »

Des murmures approbateurs accueillirent ses paroles. Helen considéra l’assistance non sans contrariété, puis sembla se résigner devant le nombre. En dernier ressort, elle risqua malgré tout une suggestion. « Nur devrait peut-être… marcher à côté ? (Le Mélusien se mit à la toiser en se demandant visiblement s’il n’allait pas l’empoigner par le col, si bien qu’Helen avait reculé d’un pas sans même s’en rendre compte.) Bon… bon. Nur également, c’est entendu. Après tout, ce sera le moyen de tester l’élévateur, puisqu’au retour il sera aussi chargé à bloc. »

Britun indiqua à Helen les commandes, à la suite de quoi chacun prit place. Nur, qui était le seul à s’être assis, emplissait une bonne partie du container, lequel se révéla tout juste assez spacieux pour que ses compagnons puissent tenir debout sans difficulté. L’engin s’ébranla et prit de la vitesse. Helen le stabilisa non loin du plafond, de sorte que Nur eut de nouveau à courber l’échine pendant que Jim, Britun et elle-même s’accroupissaient. Une fois à plein régime, Helen éteignit le système anti-grav ainsi que l’un des deux propulseurs. Ils ralentirent. L’élévateur hoqueta lorsque le réacteur en fonction commença à subir l’influence du cristal, s’interrompant pour repartir l’instant suivant à la puissance maximale. Seule la vitesse acquise leur permit de ne pas s’écraser, et encore s’étaient-ils rapprochés dangereusement du sol quand Helen ralluma système anti-grav et propulseur, n’omettant pas de désactiver celui qui avait été victime du rayonnement perturbateur.

Coincé entre le dos de Britun et les énormes pieds de Nur, Jim parvint tout de même à admirer le sang-froid et la maîtrise d’Helen. Ils étaient passés.

A l’aide de son omnicomp, Gorkan établit un diagnostic sur les circuits déréglés. Aucun véritable dommage n’était à déplorer, l’exposition ayant été trop courte pour cela. Britun réinitialisa avec succès le réacteur avant qu’Helen ordonne derechef le départ.

Le couloir donnait sur une vaste salle dont les parois étaient rainurées d’arcs de cercle en pointillés s’entrecroisant de manière dissymétrique. Le motif qui en résultait ne ressemblait à rien de connu mais provoquait une impression de malaise et d’étrangeté.

Ils avancèrent un peu plus loin et la sphère qu’Helen avait fixée à son uniforme éclaira de longues tables translucides aux teintes pourpres et bleu-marine. Divers objets d’ornement, à moins que ce ne fussent des ustensiles – c’était difficile à déterminer – scintillaient de tous leurs feux, visiblement forgés dans des métaux précieux. Quoique les lieux fussent selon les dires d’Helen désertés, contenants et contenus étaient dépourvus de toute trace de poussière. Des amalgames de boules évoquant la représentation d’atomes côtoyaient des variétés de vases au goulot élancé et dont les anses s’entortillaient en spirales, des pyramides ornées de gemmes, enchâssées dans des cercles métalliques faisaient face à des octogones miroitants dont chacune des surfaces était curieusement incurvée, enfin il y avait là toutes sortes d’artefacts bizarres et fascinants.

Nur tendit avec ravissement la main vers une tige argentée soutenant le long de ses « branches » une multitude d’émaux et de pierres précieuses, pendant que chacun des autres, à l’exception d’Helen, se penchait à son tour vers la table dont il était le plus proche.

« Non ! cria Helen. Nur, et vous tous ! Restez à l’écart de ces objets ! Les détecteurs n’ont pas été capables de déterminer leur nature exacte et il serait dangereux de les toucher tant que nous ignorerons de quoi il s’agit. Les richesses que j’ai découvertes et dont je suis sûre sont un peu plus loin. Allons ! Eloignez-vous de ces tables ! » Joignant le geste à la parole, elle s’empara courageusement du bras de Nur et le tira en arrière.

Il la contempla avec un certain étonnement mais recula docilement.

Soudain, un cri rauque retentit. Helen fit volte-face. Un peu plus loin, l’un des jumeaux circaniens, vraisemblablement celui qui avait crié, avait les cheveux aussi hérissés que les poils d’un chat dont on vient d’écraser la queue. A ses côtés son frère – il devait s’agir de Gorkar à en juger par ses vêtements – exhibait triomphalement une tige de métal vibrante d’énergie, un sourire malsain jusqu’à ses oreilles de la taille d’un dé à coudre.

« Il a un choqueur ! » s’écria Jim.

Gorkan, manifestement pris au dépourvu, regarda les alentours d’un air effaré avant d’identifier la menace. Trop tardivement pour éviter une deuxième décharge électrique. De nouveau, ses cheveux se dressèrent et il bondit de côté en hurlant… puis s’enfuit à toutes jambes, en proie à un indescriptible affolement.

Gorkar s’élança sur ses traces, riant à gorge déployée.

D’abord interdits, Helen et Jim réagirent simultanément, Jim fonçant à leur suite tandis qu’Helen sortait d’un étui oblong qu’elle portait à la ceinture le tube d’un paralyseur. A son grand dépit son champ de tir se révéla masqué par les différents objets. Réprimant un juron, elle se résolut à les poursuivre à son tour, ayant à peine conscience de Britun qui demandait à Nur d’intercepter les jumeaux. Peu après s’être engagée dans le couloir par où ils avaient disparu, elle n’eut d’autre choix cependant que de se plaquer contre la paroi pour éviter la charge furieuse du Mélusien. Lequel la dépassa à toute allure la tête enfoncée dans les épaules tel un taureau prêt à tout balayer sur son chemin.

Britun demeura seul dans la première pièce. Pareille opportunité était… inespérée. Elle ne se reproduirait pas, il se mit donc aussitôt en action. Effleurant un bouton de sa télécommande, il réactiva le programme du module qu’il avait pris soin de dissimuler sous le châssis de l’élévateur. Il avait été contraint d’éteindre furtivement le dispositif spécial quand il avait su que l’un de ces maudits cristaux de Chrysalin se trouvait dans le passage qu’ils avaient traversé. Cela avait été une deuxième contrariété après la fermeture de la porte d’entrée : Britun avait programmé le module pour que ce dernier prenne le contrôle de l’élévateur une fois à pleine charge puis le pilote le plus rapidement possible vers sa propre navette – lui-même devrait s’arranger pour sauter dedans à l’improviste. Un plan risqué, car il impliquait que toutes les voies d’accès sur le chemin demeurent libres. Par ailleurs, il devrait tenir compte de la zone de perturbation au retour. La seule alternative serait de désactiver l’un des réacteurs comme l’avait fait le colonel Moss pour le réenclencher dès que celui resté actif serait victime de son inévitable avarie. Peu évident, mais le jeu en valait la chandelle. Britun n’était pas partageur.

Avant de se précipiter vers le corridor, il ne put s’empêcher de faire disparaître dans l’une de ses larges poches un triple disque de platine serti de gemmes qu’il avait repéré sur une table. Le colonel avait prétendu que cela pouvait être dangereux, mais il avait remarqué pour sa part que les exécutants au service de la Confédération avaient dans l’ensemble tendance à ériger le principe de précaution en cause sacrée, refusant de prendre les risques les plus raisonnables. De véritables fonctionnaires. Ce n’était pas parce que les détecteurs étaient faussés que ces objets se révèleraient nuisibles. Il pouvait sentir le poids de celui qu’il avait choisi dans sa poche, est-ce que cela ne valait pas toutes les garanties de la galaxie ?

Laissant là l’élévateur, Britun se rua dans le couloir d’entrée, bien décidé à rouvrir l’unique accès.

 

Les jumeaux se montraient étonnamment véloces en dépit de leurs courtes jambes, de sorte que Jim ne parvenait à gagner du terrain qu’au prix d’éprouvants efforts. Le sol de la salle dans laquelle il venait de s’engouffrer à leur suite présentait un déconcertant mélange de souplesse et de fermeté. Y poussaient des sortes de coquelicots géants aux pétales rigides recourbés en pointe. Quelle était l’utilité d’un tel jardin dans un temple, et comment les fleurs pouvaient-elles croître et subsister à la pâle clarté des champignons luminescents logés le long des murs, Jim ne pouvait le concevoir – il n’avait d’ailleurs pas le loisir d’approfondir la question. Le jumeau pourchassé tentait d’échapper à son frère à la faveur de la végétation, et lui-même s’efforçait de ne pas les perdre de vue.

« Toi t’écarter ! » mugit Nur derrière lui. Jim n’eut que le temps de rouler sur le côté pour ne pas subir le sort des fleurs, écrasées sous les énormes pieds. Au travers de traînées carmin, il vit Helen faire irruption à son tour. Il pivota vers le Mélusien au moment où celui-ci se lançait dans un spectaculaire placage, le corps à l’horizontale au-dessus du sol et les mains tendues. D’après les cris émis aussitôt après, il devina qu’un jumeau devait se trouver sous chacune d’elles. Ce ne fut pas cela qui mobilisa son attention et lui fit froncer les sourcils, cependant. En écrasant les pétales sous sa masse, Nur venait de donner naissance à un épais nuage rouge qui se répandait à grande vitesse dans l’atmosphère. Chacun se mit à tousser sans pouvoir s’arrêter. Cela ne prit que quelques instants pour que les effluves se dissipent, mais Jim éprouva un indicible soulagement à pouvoir de nouveau respirer librement.

Nur se remit debout, tenant toujours Gorkar et Gorkan – à demi assommés, ils ne lui opposaient pas de résistance – et se préparant à les réprimander de la belle manière. C’est alors qu’il s’immobilisa en apercevant Jim. Ses captifs le scrutèrent à leur tour.

Leurs visages déconcertés – et n’était-ce pas une lueur d’amusement qui pointait aussi dans leur regard ? – étonnèrent Jim à telle enseigne qu’il se tourna vers Helen. Laquelle le détaillait avec une curiosité mêlée de dégoût. Il ouvrit la bouche, mais les mots refusèrent de sortir tout d’abord. « Vous êtes toute… » Puis il fixa ses propres mains et crut que les yeux allaient lui jaillir de la tête. Sa peau était parsemée de repoussantes tâches incarnates entourées de vert, tout comme celle d’Helen.

L’expression que revêtirent les traits de celle-ci à la seconde où elle réalisa son infortune était tellement horrifiée et chagrinée que Jim prit soudainement conscience du côté absurde de la situation – ou peut-être fussent ses nerfs qui lâchèrent. Quoi qu’il en soit il se détourna en cherchant à étouffer le fou rire qui lui venait.

Pourvu, pourvu que les autres ne se mettent pas à rire. Il ne pourrait plus se retenir dès lors, et Helen ne le lui pardonnerait jamais.

Par bonheur, Nur et les jumeaux gardèrent un silence non dénué de crispation, craignant une réaction irrationnelle d’Helen. Après tout c’était eux les responsables, et elle avait un désintégrateur.

Jim se plia en deux, faisant mine d’être suffoqué et en profitant pour expulser l’air de ses poumons. « Ce… ce doit être une réaction allergique, avança-t-il dès qu’il eut repris assez de contrôle sur lui-même pour regarder Helen en face.

— Pourquoi vous et moi sommes nous les seuls à être touchés ? s’enquit-elle d’une voix blanche.

— J’imagine que seuls les humains sont sensibles aux spores que contiennent ces fleurs. Je vais en ramasser une pour l’analyser, puis je vous examinerai si vous le permettez… uniquement à l’aide de mon omnicomp, rassurez-vous, cela sera plus facile que de me scanner moi-même. »

Les examens révélèrent que l’allergie dont ils étaient victimes était inoffensive. Ses effets se dissiperaient dans les trois jours. Sans doute parce que Jim s’avouait dans l’impossibilité de faire disparaître dès à présent les fort peu gracieuses tâches, Helen ne montra ni soulagement ni reconnaissance. A l’inverse, il l’aurait crue prête à mâcher des cailloux. Elle se dirigea vers les jumeaux et les avertit, la main sur le désintégrateur, qu’en cas de nouvel écart elle se chargerait personnellement de leur cas.

Gorkar et Gorkan se firent tout petits, comme s’ils voulaient s’enfoncer dans le sol.

« Où est Britun ? » interrogea-t-elle hargneusement à la cantonade.

Personne n’ayant de réponse ils le cherchèrent, pour le retrouver dans la première pièce d’où il ne semblait pas avoir bougé, nonchalamment appuyé contre un mur. Helen s’avança vers lui d’un pas autoritaire, ignorant son air interloqué. « Que faisiez-vous ici ?

— Je veillai sur l’élévateur, au cas où, répondit-il. Euh… c’est contagieux ? Ce que vous avez ?

— Non, ce n’est pas contagieux ! »

La véhémence de la réponse n’incitait en rien à réclamer des éclaircissements supplémentaires, c’est pourquoi Britun n’insista pas. Il s’écarta quand Helen avança vers l’élévateur et vérifier que le container était vide. Se redressant elle lui lança le regard de celle qui sait qu’il y a anguille sous roche, sans toutefois exiger davantage d’explications. Elle se doutait sûrement qu’il avait pris l’un des objets, mais devait avoir décidé de le laisser libre de ses actes, du moment que ceux-ci n’étaient pas tournés contre elle.

Le groupe retraversa le champ de coquelicots géants avant de s’aventurer dans une salle transversale plus spacieuse encore que les deux précédentes. Deux statues démesurées représentant des créatures anthropomorphes, aux membres anguleux et dont la tête était une sphère parfaite et impénétrable y encadraient ce qui devait tenir le rôle d’autel.

Helen Moss s’approcha d’un imposant sarcophage orné de plaques gravées de symboles mystérieux – similaires à ceux figurant sur les murs alentour. « Les richesses sont ici, sous le couvercle. Gorkar, les protocoles de décryptages universels sont bien installés dans votre omnicomp ?

— Oui, madame.

— Alors au travail. »

Etait-ce parce qu’ils se trouvaient dorénavant si proches du but ? Toujours est-il que Britun se sentait de plus en plus nerveux. Pour se rassurer, il plongea la main dans la poche où il avait caché le triple disque – le contact d’un objet si précieux ne pouvait qu’être apaisant. Ses doigts ne rencontrèrent qu’un liquide gluant. Il grimaça de dégoût, mais garda le silence. Selon toute évidence son analyse de la situation laissait à désirer, il avait dû fauter par excès d’optimisme. Ne restait plus qu’à espérer que le contenu du sarcophage tiendrait sa part de promesses – et que son plan aboutirait.

Gorkar fit coulisser l’un des symboles, révélant une autre couche en dessous. Il examina ensuite son écran. « Cela va prendre plus de temps que prévu. Une bonne partie de la nuit, je dirais. »

Les mines de ses compagnons se rembrunirent à ces mots. Il leur faudrait prendre leur mal en patience. Chacun s’assit dans un recoin de la pièce, Nur non loin de Gorkan. Précaution probablement superflue car toute velléité offensive semblait avoir déserté ce dernier depuis l’épisode du choqueur.

Les heures s’égrenèrent. La peau de Britun le démangeait irrépressiblement et bientôt il succomba à cette envie. Des furoncles blancs s’étalaient sur ses bras. Il étouffa un hoquet de stupeur. Il faisait sans doute une allergie – virulente – au liquide qui avait remplacé le triple disque dérobé. Le problème devait être signalé au docteur Shirba, ce qui hélas, entraînerait en retour des questions désobligeantes.

La morphologie du médecin s’était modifiée, remarqua-t-il non sans anxiété. Auparavant Britun n’avait pas prêté attention à cette longue queue écailleuse, cette crête qui courait le long de son dos, ni ces pseudopodes au niveau du visage qui lui rappelaient invinciblement quelque chose… Il cilla. Pas de doute : l’humain s’était transformé en ichtyllide ! Fait impossible, puisque ces prédateurs naturels des Nal’Quans n’évoluent que dans les océans de Nova Prime, leur planète d’origine. Cependant Britun avait maintenant l’estomac noué par la terreur et en était au stade où il n’écoutait plus que ses instincts primitifs. Il se dressa sur ses jambes et désigna Jim le doigt tremblant en se mettant à reculer.

« Britun, qu’avez-vous ? s’enquit Jim en sourcillant et en se levant à son tour.

— Il a dû chaparder des objets sur les tables transparentes, intervint Helen. Depuis un moment il ne cesse de se gratter. Voyez ces cloques sur ses mains.

— Ça a l’air sérieux, marmonna Jim. (Il ouvrit sa valise et en retira son injecteur, qu’il équipa d’un analgésique.) Britun, je vais devoir vous endormir provisoirement pour vous soigner. (Britun avait les yeux révulsés et tremblait de tous ses membres.) Vous allez vous laisser faire, n’est-ce pas ? Vous n’allez pas vous enfuir ? Britun ! »

Le Nal’Quan pivota sur place et détala à fond de train.

Jim ferma les paupières, prit une profonde inspiration et se lança à ses trousses. Quand donc toute cette folie allait-elle prendre fin ? Cette expédition virait au véritable cauchemar.

Britun, vieux et usé, pouvait difficilement rivaliser avec les longues foulées de Jim, qui se saisit de lui au bout de plusieurs dizaines de mètres et réussit à le faire tomber. En proie à la panique, Britun se débattit, sans parvenir toutefois à empêcher le médecin de lui administrer une bonne dose d’analgésique. Ses mouvements se ralentirent lorsque le produit commença à agir. Bientôt sa respiration devint profonde et régulière.

Jim décida de l’ausculter sans plus tarder. Son omnicomp révéla une infection bactériologique assez peu commune, mais qu’il avait déjà eu l’occasion de traiter sur Equinox 3. Afin de stabiliser l’état du patient il lui injecta deux médicaments différents. C’était tout ce qu’il pouvait faire pour l’instant.

« Je devrais pouvoir achever de le guérir sur la station, répondit-il en substance à Helen venue aux nouvelles.

— Je n’ai jamais vu une équipe si indisciplinée, soupira-t-elle. Les mauvaises surprises se sont accumulées depuis que nous avons débarqué. »

Jim la dévisagea avec une curiosité intéressée. S’était-elle en fin de compte décidée à laisser de côté son armure en titanium et à s’humaniser quelque peu ? Elle paraissait si désemparée, si fragile, tout à coup. Son attitude jusqu’ici autoritaire avait certes refroidi l’ardeur de ses sentiments envers elle, pourtant ceux-ci existaient encore juste sous la surface. Si seulement il arrivait à les lui faire comprendre... Ce devait être maintenant ou jamais : son instinct lui soufflait qu’il n’aurait plus d’autres occasions par la suite. Il prit son courage à deux mains. « Heureusement que nous pouvons nous épauler », avança-t-il.

Elle sembla surprise, aussi enchaîna-t-il, désireux de pousser son avantage : « Vous et moi nous complétons bien, finalement. Vous êtes la femme d’action, votre esprit d’entreprise vous motive à tenter les choses les plus intrépides. Je suis le plus posé des deux, celui qui vient vous soigner après la bataille. Je pourrai d’ailleurs vous soigner de bien des manières si vous le désirez…

— Comment osez-vous ?! (Le flamboiement dans les prunelles d’Helen ajouté à sa voix aiguisée comme un rasoir n’avait rien de rassurant.) Et en pareilles circonstances ! Vous vous êtes regardé dans une glace ? La plus désespérée des guenons ne voudrait pas de vous ! » Sur ce, elle fit volte-face en claquant les talons et se dirigea les poings serrés vers le sarcophage où Gorkar oeuvrait toujours.

Jim se passa la main sur la joue. Elle ne l’avait pas giflé mais l’effet se révélait encore plus cuisant. Visiblement ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde, ou alors quelque chose lui avait échappé. Il avait dû commettre une erreur d’appréciation. En tout les cas il y réfléchirait à deux fois avant de se risquer de nouveau à tenter de séduire un membre du sexe prétendument « faible ».

L’attente fut si longue jusqu’à ce que Gorkar réussisse à découvrir la combinaison commandant l’ouverture du sarcophage que Jim, oubliant sa dignité en miettes, s’assoupit. Il sursauta en se réveillant et consulta sa montre. L’aube approchait dangereusement. Gorkar travaillait toujours à la lueur de la sphère éclairante du colonel. Le somnifère injecté aux soldats ne devait agir que douze heures – davantage aurait mis leur vie en danger –, et encore était-ce un maximum, certains individus moins réceptifs étant susceptibles de reprendre conscience auparavant. Il leur fallait s’emparer du trésor maintenant ou s’enfuir. Jim s’avança vers le sarcophage au moment où Gorkar déplaçait la dernière case. Un grondement retentit, le sol vibra et le couvercle pivota de côté. Le miroitement des lingots d’or et pierres précieuses après tant d’épreuves – il avait l’impression que plusieurs jours s’étaient écoulés depuis qu’il était arrivé sur Chrysalin – s’avérait fantastique et inespéré. Refusant d’oser croire en la réalité de ce qui était entreposé là, Jim activa son omnicomp et balaya les richesses au scanner.

L’appareil lui confirma que tout cela n’était pas une illusion.

« Vous tous ! Cessez de bayer aux corneilles et au travail ! lança Helen. Nur, ne ramasse pas que les pierres précieuses et occupe-toi aussi des lingots. Les autres, faites la chaîne avec moi ! »

Ils s’activèrent et remplirent progressivement l’élévateur. Nur abattait considérablement plus que sa part de travail. Il aurait bien voulu se mettre une pleine brassée de pierres précieuses de côté au passage, mais Helen stipula que la répartition ne se ferait que plus tard, quand ils seraient en sécurité. Jim proposa d’étendre le corps endormi de Britun au-dessus des lingots, ce qui fut accepté.

Ce projet ne devait pourtant pas aboutir. Dès que le module installé par Britun sous le châssis détecta que le container avait atteint le seuil de remplissage, il enclencha son programme principal.

La veille, l’intendant avait pris soin d’orienter l’engin dans le sens de la sortie, c’est pourquoi les propulseurs se lancèrent à fond dès le début. Ne leur laissant pas l’ombre d’une chance de réagir : l’élévateur fila comme une flèche, renversant Gorkan qui se tenait trop près.

Sidérés, Jim et Helen le virent disparaître dans la pièce aux coquelicots. Pendant que Nur, Gorkar et Gorkan s’élançaient à sa poursuite, les deux humains entreprirent de fouiller Britun. Ce fut Helen qui dénicha en premier la télécommande de l’élévateur. Elle la souleva et appuya sur le bouton « arrêt ».

Sur le petit écran de contrôle du boîtier, le spot s’obstinait à se déplacer. Un voyant rouge clignotait, indiquant des interférences.

Après plusieurs vaines tentatives, elle jura : une source d’énergie concurrente semblait disperser le signal. Elle se mit à courir à son tour, espérant qu’il n’était pas trop tard. Jim, quant à lui, s’empara de l’omnicomp de Britun, puis se joignit à elle.

 

Nur courait avec toute l’énergie du désespoir et de la colère. Pas question de laisser une si précieuse cargaison lui échapper. S’il parvenait à récupérer les joyaux, aucun autre Mélusien ne pourrait jamais amasser pareille collection. La célébrité était au bout de la piste… à condition toutefois de rattraper le satané engin. En surgissant dans la salle aux coquelicots, il aperçut la silhouette de l’élévateur lancé à pleine puissance un peu plus loin. Il piétina de nouveau les fleurs étranges sans tenir compte de la poussière rouge ni des toussotements des jumeaux derrière lui. Les tables garnies d’objets de la première pièce furent évitées de justesse – il ne tenait pas à subir la mésaventure du Nal’Quan – puis il déboula dans le long corridor d’entrée.

Il crut triompher quand, arrivé à hauteur de la zone de perturbation, l’élévateur bascula et heurta de plein fouet une paroi. Cependant il déchanta très vite : par quelque coup du sort, les propulseurs se rallumèrent à pleine puissance pour foncer droit devant, la cargaison toujours en place.

En sortant du tunnel, Nur constata que la fonction anti-grav avait également été déréglée : l’engin prenait maintenant de l’altitude. Pour autant il ne s’avoua pas vaincu et décida de continuer la poursuite coûte que coûte.

Le reste du groupe – y compris Helen lorsqu’elle réalisa que même à l’extérieur elle ne pouvait reprendre le contrôle à l’aide de la télécommande, les perturbations liées au cristal en étant selon toute évidence responsables – réagit de manière identique, à l’exception notable du docteur Shirba.

Le timing devenait vraiment trop serré pour Jim. S’il pouvait voir à l’horizon l’élévateur sur lequel se reflétaient les premières lueurs de l’aube, la réciproque devait être vraie pour ceux des soldats du campement qu’il supposait s’être éveillés. En aucun cas il ne voulait terminer dans l’une des prisons orbitales de la Confédération. Sa loyauté envers Helen avait ses limites – et ce n’était pas la façon dont elle l’avait traité qui allait affaiblir cette conviction. Dans un premier temps néanmoins, il suivit les autres. Ce n’est qu’une fois à l’embouchure du fleuve asséché qu’il obliqua directement vers la navette de Britun. A l’aide de l’omnicomp du Nal’Quan, il espérait pouvoir déclencher l’ouverture de celle-ci.

La sueur perlait à son front quand il s’approcha du vaisseau rouillé et entra les instructions sur le clavier. Par bonheur, Britun avait fait en sorte de simplifier autant que possible le protocole d’entrée, indubitablement en prévision d’une retraite rapide. Jim avait déjà eu l’occasion de piloter des transports s’apparentant à celui-ci, il n’eut donc besoin que de plusieurs minutes pour se familiariser avec le tableau de bord et décoller.

A l’aide du code fourni par Helen Moss et mémorisé dans le navigateur, franchir le blocus en sens inverse s’avéra aisé. En revanche, étant donné les circonstances il lui était interdit de regagner Equinox : il allait devoir voyager des jours entiers avant d’atteindre le Relais d’Accélération le plus proche.

Largement le temps pour lui de passer au peigne fin l’équipement du vaisseau. Un peu de fond de teint ferait disparaître ces horribles taches qui le rendaient par trop reconnaissable.

Quelques heures plus tard il se brancha sur Equinox Infos, apprenant ainsi la capture d’un colonel de la Confédération accompagné d’un Mélusien et de deux Circaniens. Un Nal’Quan en pleine crise de spasmophilie avait également été retrouvé dans un temple abandonné et rapatrié en urgence vers l’infirmerie de la station orbitale.

Lui-même était désormais accusé de complicité de pillage, vandalisme et désertion – il n’était pas fait mention de la mise sous sommeil artificiel de toute une section d’infanterie, sans doute parce que l’armée avait souhaité étouffer l’affaire – et recherché à la fois par la police militaire et civile de la Confédération. Rien que cela. En l’espace de trois jours, il avait échangé son statut de médecin honnête criblé de dettes pour celui de fugitif dans l’impossibilité de les rembourser.

Décidément, il allait de désastre en désastre.

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Published by Alan Spade - dans Sf Lecture sur écran lire
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 18:35

Un petit tour au pays des kangourous, pour observer la crème de ces spécimens, et ça repart ! Non en Australie, mais bien au château de Chantilly, d'où est issue la crème du même nom...

 

 

Le château de Chantilly

Le château de Chantilly

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 08:53

Coïncidence, au moment même où, sur le conseil de l'auteur de thrillers Joe Konrath, je suis en train de lire The Gift of Fear, de Gavin de Becker, ma femme se met en arrêt maladie (15 jours) pour overdose de stress au boulot. Bien qu'un surcroît de stress ne signifie pas dans son cas qu'il y ait harcèlement au sens strict du terme, cela m'a amené à me poser des questions à ce sujet. On sait que dans nos sociétés, il est beaucoup plus difficile de changer de boulot, ce qui génère une souffrance énorme au travail. Les Trente Glorieuses sont loin. On dit qu'une personne sur trois en activité sera victime de harcèlement au travail, c'est énorme. Le fait de ne pas avoir de "p'tit chef" est d'ailleurs une grande motivation pour moi en tant qu'auteur. Or, le livre de Gavin de Becker parle non seulement de psychopathes et autres tueurs en série, mais aussi de harcèlement au travail. Et certains rapprochements peuvent clairement être établis entre psychopathes et harceleurs.

 

Chaque homme porte en lui-même la forme entière de l'humaine condition, disait Montaigne. L'un des points importants qu'il faut retenir à propos de The Gift of Fear est que Gavin de Becker met en garde contre l'étiquetage. Ainsi, en nommant certains "psychopathes", on met l'étiquette "monstre" et "anormalité" sur ces personnages, alors que l'on devrait pourtant rechercher ce que nous avons en commun avec eux, pour mieux les connaître et les contrer.

 

Une phrase en particulier m'a mis en éveil. La traduction est de ma pomme, n'hésitez donc pas à vous faire votre propre opinion en lisant le livre dans sa version originale.

 

Certaines personnes fonctionnent sans écouter leur conscience; elles ne se soucient pas du bien-être des autres, point. Dans les salles de conférence en entreprise nous pourrions appeler ceci de la négligence; dans la rue nous nommons cela criminalité. La faculté d'agir au mépris de sa conscience ou de son empathie est l'une des caractéristiques que l'on attribue aux psychopathes. Le livre clairvoyant de Robert Hare, Without Conscience, identifie plusieurs autres caractéristiques. Ces personnes sont:

 

- désinvoltes et superficielles

- égocentrique et grandiloquentes

- dépourvues de remords (scrupules) ou de culpabilité

- fourbes et manipulatrices

- impulsives

- en quête d'excitation

- dépourvues de sens de la responsabilité

- émotionnellement creuses

 

Est-ce que certaines personnes dans votre entourage au travail répondent à certaines de ces caractéristiques? Je pense que le fait de s'en rendre compte peut remettre les choses en perspective, et vous aider à déculpabiliser, tant il est vrai que ce sont les personnes qui mettent le plus de coeur à l'ouvrage qui sont les plus à même de se retrouver en arrêt maladie pour cause de stress, sans même parler de harcèlement caractérisé.

 

Là où il existe des métiers qui privilégient en principe l'empathie, ou qui devraient en tout cas le faire (par exemple assistante sociale), certains autres métiers, et je pense à "trader", privilégient le manque d'empathie. Le problème, c'est que si ces personnes sont amenées à occuper d'autres postes, cela nuit gravement au "vivre ensemble".

 

Peut-on corriger les défauts d'un psychopathe? Je n'en suis pas sûr du tout quand ce sont des non-spécialistes du sujet qui l'ont en face d'eux. Gavin de Becker cite à un moment dans son livre l'exemple d'une femme enlevée dans la voiture de sport de son petit ami par un inconnu, et qui à force de lui parler d'elle, a réussi à susciter en quelque sorte son empathie, et à faire en sorte qu'il ne la tue pas. Mais il s'agissait d'une situation ponctuelle, et non de contacts quotidiens au travail.

 

Néanmoins, je suis convaincu que le fait d'identifier très clairement le problème peut déjà permettre de contrer une partie de ses effets dévastateurs.

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 12:47

I have recently listed my Science Fantasy YA novel, Ardalia: The Breath of Aoles on a Goodreads giveaway. I didn't have great hopes with that, and I'm grateful for the 120 persons who participate (the giveaway ends on may 9th). What struck me, however, was the low number of registered persons for the most popular giveaways on Goodreads. As the site only accepts paper books for giveaways, I'm wondering if the time has not come for Goodreads to change its policy, by allowing authors to send ebooks for giveaways.

 

On July 2013, Goodreads claimed to have reached the 20 millions readers threshold. The website is an international one, but if it was only for the title of the site, it would be clear for me that the majority of its users are English-speaking people. And, more importantly, English-reading people.

 

On Goodreads, every user can enter a giveaway for a paper book just by clicking on a button. Given the number of readers, you can imagine my surprise when I realized that the most requested book for a giveaway, Prince of Fool in April 2014, had just 5,500 persons interested!

 

Even if you take into account various divisors from the initial 20 millions of users, such as language, genre of the book, number of persons really active on Goodreads, total number of giveaways (competition), that's still seem, in my humble opinion, a very low number. What the hell? When JA Konrath does a KDP Select, his ebook is downloaded more than 60,000 times, and the most popular book listed in the giveaways has just 5,500 persons interested in it?

 

So would it be wise for Goodreads to change its policy, allowing authors to list ebooks as giveaways? I think so. Is the fact that Amazon own Goodreads preventing that, because Amazon wants the free ebooks to remain exclusive to KDP Select? Quite possible, alas.

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 19:31

The blog Piece of My Mind is the very first to publish a review for the science-fantasy novel Ardalia: The Breath of Aoles. Many thanks to Ailyn Koay for an honest review.

 

Author: Alan Spade
Series: Ardalia book 1
Genre: alien, adventure, fantasy
ASIN: B00IO2SIXM


Synopsis from Amazon: Lured away by the prospect of untold riches, Teleg, a carpenter, finds himself a prisoner of the Nylevs, fierce fire-wielding worshippers of the god of destruction. Now Pelmen, a young archer, must overcome his fears and travel across the land, in search of his childhood friend. Along the way, he will ally himself with strange beings: a shaman who controls the Breath of Aoles, or the power of the wind, a krongos, a creature who can become living rock, and a malian, adept at water magic.

 
If this is a game, it would be an RPG where Pelmen is the hero. This game will start with a FMV where you would see Pelmen being disgruntled with his life as a tanner. Then a short cut scene later, you can use Pelmen to train as an archer, then cue cut scene. 
 
Done right, this might just be a game where Pelmen engages in tutorials and mock battles, throw in some random monster and I can see him leveling up as he moves up long the boss fight to save his friend.

Jokes aside, Alan Spade is a game reviewer, I should say this because that was how I felt before even knowing that he is a game reviewer. All I felt was that this could be a fellow gamer writing a script for a well thought out game.

You might be angry at me for saying this, but even games have to be thought out, and pre-scripted for an RPG to progress. How do you think Final Fantasy games get so popular?

Back to this book, I did find it a bit slow in some bits and faster paced at others. Pelmen is an interesting enough but it is the world and its supportive characters that gives the book a unique feel. We have krongos, malian, hevelen and a few more species that makes up the land of Astrian.

A few battles and cut scene later, Pelmen emerges successful, and like a good trilogy game, there is a sequel. So I am looking forward to Turquoise Water.

Summary:
Interesting story but a little on the long side
unique characters: cover is pretty correct =P 
 
The ebook is offered at $0.99 until March, 27th, so get it now!
 
Discover here the first five chapters (100 pages):
 
 

The PDF file for the first five chapters

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 11:26

L'édition 2014 du Salon du livre de Paris Porte de Versailles ouvre ses portes aujourd'hui. Si le salon continue à attirer le grand public, il devient chaque année moins pertinent pour deux catégories de personnes qui jouent un rôle pivot dans l'édition: les lecteurs voraces et les auteurs.

 

Sélectif, le Salon du livre de la Porte de Versailles l'a été dès sa création. Il n'aurait pu en être autrement, étant donné les milliers de mètres carrés que représente ce salon en plein Paris. Le coût se répercute sur les exposants, et on peut penser en outre que l'organisateur, Reed Expositions, génère chaque année des profits substantiels sur la seule location des stands - sans même parler des entrées payantes.

 

De tout temps, donc, une très grande majorité d'auteurs ou d'éditeurs qui n'ont pas les moyens de se payer un stand n'ont pas été représentés. Même lorsque c'est le cas, même lorsque de petits éditeurs se groupent pour offrir un créneau (souvent restreint) à leurs auteurs, même lorsque des régions subventionnent certains petits éditeurs, vous pouvez être certain que les auteurs présents au salon auront toutes les peines à écouler leurs livres. Pourquoi? Non seulement à cause de la crise, mais parce que les lecteurs qui viennent se faire dédicacer des ouvrages le font pour des têtes d'affiche.

 

Les petits auteurs n'intéressent que médiocrement le grand public, qui vient pour les grands noms. Et il y en a beaucoup au salon du livre. Ce sont eux qui se partagent les ventes, et encore leur éditeur n'est-il même pas sûr de rentabiliser son stand. En fait, il y a de fortes chances pour que les gros éditeurs eux-mêmes ne rentabilisent pas leurs stands, puisqu'ils sont présents pour l'image de marque, parce qu'il "faut" y être.

 

Le Salon du livre de Paris porte de Versailles est une parfaite illustration de ce que peut être une industrie de sommet de pyramide.

 

Si ce salon convient si bien aux gros éditeurs, c'est qu'ils ne visent pas forcément le même public qu'un auteur autoédité. Le gros éditeur va chercher à faire ses ventes avec le public de lecteurs voraces, bien sûr, mais surtout et avant tout avec les lecteurs occasionnels. D'où la publicité permanente que s'offrent les éditeurs (et croyez-moi, cela coûte de l'argent) en rendant visible chaque jour leurs ouvrages en librairie.

 

Pour créer du best-seller il "suffit" ensuite de générer un buzz suffisant pour que ce livre sur lequel vous avez misé gros soit celui que le public doit acheter. Certains buzz peuvent d'ailleurs être accidentels, comme la diatribe de Jean-François Coppé sur le livre pour enfants Tous à poil, devenu un certain temps n°1 des ventes. On a en tout cas là un livre typiquement acheté par le lecteur occasionnel, le réel "public-cible" des gros éditeurs.

 

Une bonne part de lecteurs voraces viendra sans doute au Salon du livre, mais la grande majorité d'entre eux sait bien que la vérité est ailleurs. A l'époque où Internet n'existait pas et que les lecteurs d'ebooks performants n'étaient pas entrés en scène, le Salon du livre de Paris pouvait encore se targuer d'avoir une réelle pertinence, puisque l'espace d'exposition est si grand qu'il représente de nombreuses librairies. 

 

Plus maintenant. Et en tout cas, de moins en moins chaque année. Car non seulement les lecteurs voraces savent que la diversité de livres que l'on peut trouver sur Internet est mille fois plus variée que sur ce salon du livre, mais de plus en plus d'auteurs le savent aussi.

 

Nous, auteurs de romans de fiction, ne pouvons plus ignorer que le nombre de librairies décroît chaque année en France, que de nombreux libraires se mettent à vendre d'autres produits en parallèle des livres, réduisant encore la surface d'exposition des livres. Ce n'est pas seulement le Salon du livre de Paris qui devient moins pertinent chaque année, mais aussi les librairies, les éditeurs traditionnels, et pratiquement toute la chaîne du livre.

 

Doit-on pour autant s'en frotter les mains? Bien sûr, on ne peut que se réjouir de voir des éditeurs exploitant outrageusement des écrivains à l'aide de contrats léonins vaciller sur leurs bases. Le problème, c'est que la politique entre aussi en jeu.

 

Contrairement à ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis, ces gros éditeurs, qui tiennent aussi les médias, sont soutenus par les hommes politiques. Alors même que l'on a enfin un moyen merveilleux de démocratiser la lecture avec l'ebook, alors même que l'on a moyen d'augmenter le nombre de lecteurs voraces (les gens lisent plus lorsqu'ils ont acheté une liseuse électronique, c'est reconnu) et de créer une véritable économie numérique du livre, infiniment plus juste pour les auteurs, on laisse les gros éditeurs s'entendre sur des prix trop élevés pour les ebooks.

 

On ne favorise pas la concurrence, et devinez ce qui se passe? Les gens se tournent vers autre chose. Internet en tant qu'agrégateur de contenus est à la fois une formidable opportunité et un terrible concurrent pour la lecture de romans. Vidéos, jeux vidéos, clips musicaux, news en tout genre... si l'on veut faire autre chose que lire, ou lire autre chose que des romans, l'offre n'a jamais été aussi extraordinairement variée et attractive.

 

Je comprends le désir de préserver des secteurs de l'économie, fut-elle une économie de sommet de pyramide, mais ce désir est en train de devenir complètement contre-productif. Cela tue la lecture, et d'autant plus en temps de crise où les moyens des gens se réduisent comme peau de chagrin. Alors certes, un lecteur d'ebook peut représenter un certain investissement au départ, mais il sera rapidement rentabilisé, à condition que le prix des ebooks baisse. Il serait temps que nos femmes et hommes politiques le comprennent.

 

Sur le même sujet:

 

Pourquoi les maisons d'édition sont pertinentes, selon Hachette

 

Une industrie de sommet de pyramide

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 13:02

Il faut parfois savoir copier les bonnes idées. L'auteur Kristine Kathryn Rusch offre chaque lundi une nouvelle gratuite en lecture sur son blog. La durée de publication n'est que d'une semaine avant que la nouvelle ne disparaisse du blog. La section ebooks gratuits n'étant pas, et de loin, la plus visitée, j'ai eu l'idée de faire de même. Je commencerai lundi prochain.

 

La nouvelle est un genre qui se lit moins que le roman complet, quel que soit le pays. Néanmoins, c'est un format spécialement adapté aux blogs. Blogs qui sont eux-mêmes adaptés à la lecture sur liseuse électronique, tablette ou smartphone.

 

Ce blog s'est de plus en plus penché sur l'industrie de l'édition et les voies de l'autoédition, tant il est vrai qu'en tant qu'auteur, j'ai l'impression qu'il y a plus d'auteurs que de lecteurs sur internet. Cette impression, toutefois, ne correspond pas forcément à la réalité.

 

Le fait de publier les nouvelles directement sous forme de billet à courte durée de vie peut, qui sait, amener un nouveau dynamisme pour mes écrits. Me permettre de toucher un autre lectorat, sur ce blog. C'est en tout cas une bonne expérience pour voir si mes statistiques de visites, environ 25 par jour, s'effondrent complètement, se maintiennent ou augmentent.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 13:43

Le jeudi 27 février (la semaine dernière) sortait The Breath of Aoles, la version anglaise du premier tome du Cycle d'Ardalia, Le Souffle d'Aoles, et la nouvelle A Brief History of Ardalia. Ces sorties conjointes sont la concrétisation de lourds investissements et de plusieurs mois d'efforts intenses, à telle enseigne qu'à certains moments, j'ai interrompu complètement l'écriture de mon prochain recueil de nouvelles, qui a pris du retard. Bien qu'ayant depuis la sortie poursuivi mes efforts, cette fois sur le plan promotionnel, je m'attendais à de très faibles ventes. Sur ce plan-là, du moins, je n'ai pas été déçu.

 

J'avais prévenu en novembre 2013 dans mon billet l'aventure américaine que le marché outre-Atlantique était très difficile à pénétrer. Nombre d'auteurs français s'y sont cassés les dents, je ne serai donc pas le premier.

 

Connaissant la prédominance d'Amazon sur le marché anglo-saxon de l'ebook, j'ai pour la première fois utilisé KDP Select pour la nouvelle A Brief Story of Ardalia, afin de mettre cette nouvelle gratuite pendant les cinq premiers jours.

 

En principe, je suis opposé à la notion d'exclusivité attachée à ce type de promotion Amazon, c'est pourquoi je n'ai utilisé KDP Select que pour la nouvelle, pas pour le roman The Breath of Aoles que l'on peut retrouver sur Kobo, Apple, Smashwords et bientôt sur Barnes&Noble (Nook) en plus d'Amazon.

 

J'estime que donner une simple nouvelle pendant 6 mois (la période pendant laquelle je compte jouer avec KDP Select) exclusivement à Amazon ne porte pas trop préjudice aux autres plates-formes.

 

Pendant les cinq jours qu'a duré la promotion, A brief story of Ardalia a été téléchargée 89 fois sur Amazon.com. La nouvelle a été téléchargée 12 fois sur Amazon.co.uk (Angleterre) 6 fois sur Amazon.de (Allemagne), 1 fois sur Amazon.fr et 8 fois sur Amazon.ca (Canada). Rien sur Amazon Australie ou Inde.

 

Donc 116 fois en tout. Pas grand-chose à voir avec les 60000 téléchargements qu'est capable d'obtenir un auteur comme Joe Konrath en cinq jours sur le même support.

 

A son plus haut, alors qu'une quarantaine d'ebooks avaient été téléchargés sur Amazon.com, A brief History of Ardalia s'est hissée vers la 4800ème place sur Amazon.com, et dans deux sous-listes de best sellers gratuits (environ à la 50ème place pour les Fairy Tales pour enfants et à la 85ème place en Sword & Sorcery).

 

Dans le même temps, avec 8 ebooks téléchargés sur Amazon.co.uk, A brief History of Ardalia s'est hissée à la 4300ème place. On peut donc estimer que pour obtenir un rang équivalent au rang britannique avec Amazon.com, il faut avoir 5 à 6 fois plus d'ebooks gratuits téléchargés.

 

Cela signifie que le potentiel de téléchargement d'oeuvres gratuites est bien plus important aux Etats-Unis que dans le pays européen où les ebooks ont le mieux percé. Par extension, on peut en déduire qu'il en va de même pour les oeuvres payantes.

 

The Breath of Aoles s'est quant à lui vendu à deux exemplaires sur Amazon.com, deux sur Amazon.co.uk, un sur Amazon.ca, et un sur Amazon.fr. Zéro sur les autres pays. 

 

Sur les autres plates-formes comme Google Play, Apple, Kobo ou Smashwords, aucun exemplaire de The Breath ne s'est vendu.

 

Donc, six ventes en tout environ une semaine après sa sortie. Il m'en reste encore 29994 à vendre pour pouvoir donner sa prime de plus de 2000 dollars à Stephen Harmon, le second traducteur du livre, et pouvoir commencer à toucher de l'argent dessus. Ou bien 9994 après le 27 mars, lorsque le prix de The Breath of Aoles aura été remonté à 2,99$ (je toucherai alors 1$ par exemplaire et non plus 0,30$).

 

Les ebooks qui se sont vendus sur Amazon.com l'ont surtout été au début, il n'est pas évident que ce soit lié à la promo sur A brief History of Ardalia, qui comprend les cinq premiers chapitres de The Breath.

 

Il est possible, en revanche qu'une ou deux ventes soient liées aux mails de promo que j'ai envoyés à une soixantaine de blogueuses américaines (en très grande majorité des femmes, donc la féminisation est volontaire de ma part) afin d'obtenir des critiques, non seulement sur les blogs, mais aussi sur Amazon.

 

J'ai trouvé beaucoup plus aisé de contacter les blogueuses et blogueurs américains que français: il y a très souvent un lien "review policy" expliquant comment s'y prendre et les genres acceptés, avec le contact par email.

 

En revanche, il est très difficile d'obtenir des commentaires: seules, deux réponses favorables pour l'instant, dont l'une (The Review Board) pour une critique qui ne se fera qu'en février 2015. Quand les blogueuses ne répondent pas au bout d'une semaine, c'est que la réponse est négative.

 

Les blogs A TiffyFit's Reading Corner (le 25 mars) et Celtic'sLady Review (le 13 mars) ne donneront pas d'appréciation, mais ont accepté d'annoncer la sortie du livre (Spotlight).

 

De nombreux blogs proposent aussi bénévolement des interviews d'auteur, mais j'avoue que j'ai un peu peur de perdre mon temps avec cela. En tout cas, on sent qu'il existe une vraie solidarité avec les auteurs indépendants, avec une énorme majorité de blogs qui acceptent de lire la version ebook du livre.

 

Je suis même tombé sur une blogueuse qui disait à peu près cela: "Je n'aurais jamais cru pouvoir écrire cela un jour, mais envoyez-moi de préférence la version Kindle".

De la SF? De l'utopie? Non, du réel. Du vécu. Vive 2014!

 

Pour ceux qui s'y connaissent un peu, j'ai tenté une promo avec Pixel of Ink, mais ils n'ont pas donné suite. Bookbub m'a de son côté signifié son refus, arguant que seuls 20 à 30% des demandes (contre rémunération) de promo dans leur newsletter étaient validées.

 

Le blog kboards, dédié aux auteurs Kindle, et figurant parmi les 5000 blogs les plus regardés aux Etats-Unis, a accepté mes 15 dollars pour annoncer la sortie du livre le 18 mars.

 

Vous allez me dire, malgré tout, la déception doit être terrible, les ventes et téléchargements sont vraiment microscopiques. C'est sûr, je pense qu'il faut être costaud dans sa tête pour accepter plus de 7000 dollars de perte (l'argent que j'ai dépensé en frais de traduction/révision, et qui ne comprend pas l'éventuelle prime de 2000$ en cas de ventes, que Stephen Harmon pourra toucher dans les trois premières années).

 

Néanmoins, je ne considère pas tout à fait cet argent comme une perte sèche. J'ai appris. Pendant plus de deux mois, Stephen Harmon et moi-même avons échangé plus de 180 e-mails. Il corrigeait la première traduction cinq pages par cinq, je lui signalais au fur et à mesure les erreurs d'interprétation, changements stylistiques et améliorations que je désirais, et on en discutait tous les deux pour garder la meilleure solution.

 

Ce furent des échanges très riches d'enseignement et appréciables pour moi. Je ne dirais pas que je me sens capable de traduire facilement les deux tomes suivants par moi-même, mais disons que mon précédent billet (écrit sans aide) me semble démontrer que je ne suis pas totalement une quiche en anglais.

 

Donc, si je devais continuer à prendre ma loupe pour examiner mes ventes américaines, il m'est désormais possible d'envisager de faire la traduction moi-même, et de passer dans un deuxième temps par un correcteur anglais, qui serait bien meilleur marché qu'un traducteur. L'avantage que nous autres auteurs avons sur les traducteurs, c'est que nous savons exactement ce que nous avons voulu dire. L'inconvénient, c'est la maîtrise sur les tournures de phrases et la structure de celles-ci, nettement plus difficile à acquérir.

 

Je ne souhaite toutefois pas sacrifier mon temps d'écriture à une autre traduction dans l'immédiat. Et je préférerais bien sûr repasser par Stephen Harmon, avec lequel je bosse bien.

 

Pour l'instant, je fais beaucoup de promo en contactant les blogs de langue anglaise, mais je me suis aussi remis à écrire (en français), et ce temps-là reste sacré. Ce qui sautera, à terme, sera ma promo vers des blogs de langue anglaise.

 

Il ne faut pas se le cacher, l'investissement en temps et en argent reste colossal pour toucher le marché anglo-saxon, mais l'avantage, lorsqu'on est autoédité, c'est que l'on peut se permettre des choses que de petites maisons d'édition ne se permettraient pas (sauf très fortes relations entre l'auteur et l'éditeur).

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 17:01

I'm glad to announce the release of Ardalia's first volume: The Breath of Aoles. I've strived to write the best novel possible, but it wasn't until Kristine Kathryn Rusch helped me to meet the author Stephen Harmon (from Utah) that the project could really take shape. Steve helped me to make the novel much smoother, and more than 180 emails later, here we are...

 

The Breath of Aoles, a 120,000 words science-fantasy novel is on sale on Amazon, Kobo and Smashwords at $0.99 for a period of one month (until march, 27). At the same time, I also make available exclusively on Amazon A brief story of Ardalia, a short story which describes in a few pages the genesis of the four great civilizations of Ardalia and the most significant events preceding the Ardalia trilogy. It is free until the fourth of February.

 

By outsourcing some of the work on this first volume, I've already spent $7015 ($4000 went to Stephen Harmon, who entirely deserves it, and he will get an additional $2000 if the novel sells enough within the first three years). So, for the novel and the short story to begin to bring me money, they have to sell at least 30,000 copies on the first month of exploitation.

 

On march, 27, The Breath of Aoles' price will be raised to $2.99, so at that time, 9000 paid downloads would be enough for me to give his entire bonus to Stephen, and to begin to make money with the novel. There will also be a Createspace version (paper book) of the novel. I'm working on it.

 

So, it may not be entirely reasonable to set the price so low, but for me, it's a matter of discoverability. Nobody owes me anything. I chose to spend that money, not you. I'm perfectly conscious I'm a no-name guy, and the reader, by picking my book, takes two chances: for her money and for her time. Her time is for me the most valuable, so I wouldn't want that experience to cost her too much money.

 

Now, to the heart of the matter:

Ardalia, volume one: The Breath of Aoles

The hevelens are children of Aoles, god of the wind

The hevelens are children of Aoles, god of the wind

Pelmen hates being a tanner, but that’s all he would ever be, thanks to the rigid caste system amongst his people, the hevelens. Then he meets Master Galn Boisencroix and his family. The master carpenter opens up the world of archery to young Pelmen, who excels at his newfound skill. But Pelmen’s intractable father would have none of it, and tries to force Pelmen to stay in the tannery.


One day, however, Pelmen’s best friend and Master Galn's son, Teleg, disappears. Lured away by the prospect of untold riches through mining amberrock, the most precious substance in the world, Teleg finds himself a prisoner of the Nylevs, fierce fire-wielding worshippers of the god of destruction.

 

Now Pelmen must leave all he knows behind, overcome his fears and travel across the land, in search of his childhood friend. Along the way, he will ally himself with strange and fantastic beings: a shaman who controls the Breath of Aoles, or the power of the wind, a krongos, a creature of the mineral realm who can become living rock, and a malian, adept at water magic.

 

Amazon    Kobo    Smashwords    Apple

 

Why would I buy this book?

 

You should, because:

- as for the Harry Potter series, it's an initiatory quest, where the main character evolves through the three books: the young reader grows with him, Pelmen becomes a companion

- the main character is not a superhero: he has his fails, he makes mistakes, but he is endearing

- it's a great story about friendship

- the plot become more and more complex, with twists and turns (the book is designed for YA and adults)

- there are strong female characters

- it's an entirely new world, fun to discover

- it can remind The Lord of the Rings, but in a prehistoric world, with four people each linked to one element: wind, water, earth and fire

- there's a ptat

 

Read the first five chapters on Issuu

 

A brief story of Ardalia

The Breath of Aoles released

This mythological, not to say cosmogonic, story describes in a few pages the genesis of the four great civilizations of Ardalia and the most significant events preceding the Ardalia trilogy. For those who have read The Breath of Aoles, Turquoise Water and The Flames of the Immolated, it offers an interesting adjustment of perspective. For others, it permits an easy introduction to the details of the universe while furnishing a complete synoptic history benefiting from a different viewpoint.

As a bonus: the five first chapters of The Breath of Aoles.

 

Get it on Amazon

 

I'm always seeking to improve, so I would be glad for commentaries and reviews.

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  • : Ecriture, édition, livres numériques, science-fiction, fantasy et fantastique sous toutes leurs formes : autant de sujets qui me passionnent et qui font l'actualité de ce blog.
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  • Marié et père de deux enfants, j'ai été critique de jeux vidéo avant de me tourner vers l'écriture. Mes sources d'inspiration : tout ce que je peux vivre personnellement ou par procuration !
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- samedi 14 juin, 10h00-19h00 : Cultura Claye-Souilly, Rue Victor Drouet, Claye Souilly (77)

- dimanche 15 juin,10h00-19h00 : Cultura Claye-Souilly, Rue Victor Drouet, Claye Souilly (77)

- samedi 21 juin, 10h00-19h00 : Leclerc Trie-Château, RN 181, Trie-Château (60)

- samedi 5 juillet, 10h00-19h00 : Cultura Carré Sénart, allée du Trait d'union, Lieusaint (77)

- samedi 12 et dimanche 13 juillet, 10h00-19h00 : Cultura Franconville, 326 Rue du Général Leclerc, Franconville (95)

- samedi 9 août, 10h00-19h00 : Leclerc Fosses, ZI de Fosses, Fosses (95)

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