14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 11:12

L'histoire gratuite de ce lundi est issue du recueil de space opera (SF) Les Explorateurs, réédité en 2011. Elle restera une semaine sur ce blog avant de disparaître. Vous pouvez vous la procurer sous format ebook sur mon site d'auteur, Amazon, Apple, et la Fnac, ou vous procurer le recueil complet sous format ebook et papier sur Amazon, ou sous format ebook sur Amazon, Apple, et la Fnac. Et si vous habitez dans la région parisienne et que vous souhaitez vous procurer un exemplaire dédicacé du recueil, bien sûr, vous pouvez vous rendre à l'une des séances de dédicace indiquées sur la colonne de droite de ce blog.

 

Vêtu d’une blouse blanche stérile, les mains gantées dans un tissu synthétique extra-fin, Ulem Beltran arpentait les couloirs du centre de traitement et de surveillance-qualité des eaux d’un pas mécanique. Parfois il s’immobilisait et plaquait la paume contre l’une des cuves de titanium disposées à l’horizontale. Son ADN analysé et validé, les contours d’un tiroir se dessinaient, comme éclairés de l’intérieur. Alors, il retirait sa main et le tiroir accompagnait le mouvement en silence. Ulem récupérait une pipette remplie d’eau, sur laquelle un hologramme indiquait en lettres rouge brillant le code du secteur de la ville alimenté. Les pipettes récupérées, ne restait plus qu’à retourner vers le système central pour procéder aux analyses chimiques et bactériologiques. Ulem n’était encore jamais tombé sur un échantillon corrompu ou dont le degré de toxicité dépassait la norme établie : la supervision humaine n’était que le pendant des vérifications internes opérées de manière constante par les machines, lesquelles ne pouvaient quasiment pas être prises en défaut. Toutefois c’était ce « quasiment » que la C.E.A. (Centrale des Eaux d’Arcasie) se faisait un devoir de contrôler, et c’était aussi la raison pour laquelle Ulem prenait son boulot au sérieux.

De temps à autre on modifiait son affectation et il se retrouvait au département santé et prévention. Là, dans ce secteur hautement médicalisé – il fallait enfiler une combinaison encore plus étanche que celle qu’il portait et se faire décontaminer chaque fois qu’on entrait ou sortait – il effectuait des vérifications différentes, uniquement à distance, s’assurant que les molécules adéquates avaient bien été mélangés à l’eau des personnes susceptibles d’être victimes d’une contamination microbienne ou bactérienne, bénigne ou non. Ces traitements préventifs étaient possibles grâce aux médecins qui surveillaient à l’aide de capteurs, dont chaque demeure était équipée, les biosignes de leurs patients. Les professionnels de la santé déclenchaient les ordonnances à distance au cas par cas et les employés de la C.E.A. vérifiaient que les substances incorporées ne dépassaient pas les doses prescrites. Ainsi, il était extrêmement rare qu’un habitant d’Elsevia tombe malade… une excellente chose pour le tourisme.

Le discret signal de fin de journée se fit entendre. Ulem termina son analyse avant de se diriger vers le vestiaire, accompagné de plusieurs collaborateurs en blouse blanche. Lorsqu’il y pénétra, d’entêtants effluves de jasmin assaillirent ses narines – ce qui n’était pas une surprise : ses collègues préféraient régler les désodorisants muraux à un niveau dissuasif plutôt que d’avoir à supporter la moindre de leurs odeurs corporelles.

Un individu à la chevelure et barbe blond-roux se tenait en face du casier adjacent au sien. Ulem lui fit un signe de tête et l’autre le lui rendit, un léger sourire aux lèvres. A en juger par son attitude et ses coups d’œil furtifs tandis qu’il s’habillait, Falmir désirait l’entretenir de quelque sujet sans oser se lancer. Ulem se garda de lui faciliter la tâche en le questionnant : si Falmir voulait lui parler, cela viendrait tôt ou tard. En silence et sans empressement, Ulem troqua sa blouse contre une confortable combinaison anthracite à la texture de velours.

« Comment se porte Fenentha ? finit par demander Falmir.

C’était une manière plutôt directe de mettre les pieds dans le plat, mais Ulem s’attendait à quelque chose dans ce goût-là : la diplomatie et Falmir avaient rarement fait bon ménage. Il le sonda du regard et Falmir baissa bientôt les paupières, embarrassé. « Elle se porte comme un charme. Je la vois ce soir, répondit-il.

— Au repas de la semaine dernière elle m’a fait l’effet… eh bien, d’être quelqu’un d’agréable à vivre.

— Seulement cela ? s’enquit malicieusement Ulem.

— Oh, bien sûr, elle est ravissante…

— Tu ne t’es pas trompé. Elle a ces qualités, et bien d’autres en supplément. Tu crois que je sortirais avec n’importe qui ?

— Non, bien sûr, mais… tu es toujours déterminé à la trahir ? »

Ulem dévisagea de nouveau son collègue, l’expression amusée si souvent présente sur sa figure ovale remplacée par un bref froncement de sourcils. Il avait fini de se changer et se détourna, se dirigeant vers la sortie comme s’il avait choisi d’ignorer la question. Falmir, pour qui le caractère versatile d’Ulem était source renouvelée de perplexité, verrouilla précipitamment son propre casier avant de s’empresser à sa suite. Ils progressèrent le long d’un couloir aux parois beiges éclairé par des lumières blanches tamisées.

« Trahir, quel grand mot… C’est juste une question de perspective, lâcha Ulem.

— De perspective... Bah ! (Falmir garda un instant le silence avant de reprendre la parole.) Tu en es où avec l’autre ? Iona, c’est ça ?

— C’est ça. Iona Y’ags, la beauté la plus farouche de ce côté-ci du fleuve Wun. Je suis en approche finale. Ce n’est plus qu’une question de jours, peut-être d’heures.

— "En approche finale" ? Tu ne disais pas déjà ça il y a une quinzaine de jours ? »

Ulem fit la moue. « C’est un peu plus compliqué que je ne le prévoyais, de mettre dans son lit une Elsevienne d’origine. Ces gens-là ont tout un tas de rites spéciaux et compliqués, qui impliquent aussi bien l’eau, la terre et l’air que la nourriture. En plus, il m’a fallu faire la connaissance de la moitié de sa famille.

— Tous ces efforts et cette persévérance… je ne sais si je dois t’admirer ou te mépriser. Car au bout du compte à quoi vas-tu aboutir, si ce n’est à tromper Fenentha et à lui briser le cœur ? Elle qui m’a semblé la douceur et la loyauté faite femme. »

Ulem ne répondit rien sur le moment. Comme à son habitude, Falmir voit les choses par le petit bout de la lorgnette, songea-t-il. Pourtant il savait son collègue fasciné par son projet : quel homme ne fantasmerait pas à l’idée de fréquenter deux femmes en même temps, sans qu’aucune des deux ne se doute qu’il en voyait une autre ? Que l’une de ses conquêtes soit une Elsevienne quand il était de notoriété publique qu’aucun mâle humain ayant entretenu des relations intimes avec l’une d’elles n’était jamais « allé voir ailleurs » par la suite renforçait encore l’attrait que sa démarche suscitait, si bien que Falmir ne pouvait s’empêcher de le questionner. Seulement, il le faisait en marquant presque systématiquement sa désapprobation, en vertu d’une éthique qui selon Ulem ne s’appliquait pas à son cas. Il soupira intérieurement. Comment pouvait-il en aller différemment, quand Falmir était engoncé dans ses préceptes conformistes et sa petite vie pépère ? Un tel homme était incapable de comprendre les puissantes émotions qui s’emparaient de lui lorsqu’il se croyait percé à jour par une question en apparence innocente, et devait improviser un mensonge. Il était bien loin de se figurer à quel point ses sentiments sortaient renouvelés et intensifiés de l’épreuve, comment le simple jeu de permutation entre ses deux foyers d’élection le rendait ardent, passionné, et, oui… authentique. Car il était sincèrement amoureux de Fenentha et de sa noblesse de caractère tout en se sentant chaque jour plus épris d’Iona, de son esprit vif et direct – pour ne pas mentionner ses lèvres opale charnues et ses merveilleuses circonvolutions creuses s’étendant de son cou délicat vers son dos. Quel plaisir il aurait à les parcourir de ses doigts ! Comme il s’y abandonnerait ! L’espace de quelques secondes, Ulem se projeta tout entier dans ce futur encore hypothétique avant de tressaillir et de reprendre le cours de ses réflexions. Ses sentiments pour l’une et l’autre n’avaient rien de paradoxal. Au contraire, ils se complétaient fort bien. Cela allait même plus loin : ils s’alimentaient mutuellement. Chacune lui apportait ce qu’elle avait de meilleur, mais quant à lui il estimait leur offrir davantage que ne pourrait le faire quelqu’un d’aussi étriqué que Falmir. « Il ne s’agit pas de Fenentha, répliqua-t-il, elle n’a rien à voir là-dedans. Je mettrais tout en œuvre pour ne pas la décevoir ni la blesser, mais ce qui doit être fait doit être fait. La vie me semblerait bien trop ennuyeuse si je devais me contenter d’une seule.

— Curieuse conception de la vie !

— Nous n’avons pas la même, voilà tout. Cela ne m’empêche pas de respecter Fenentha et Iona au moins autant que je me respecte moi-même. »

Ils sortirent du couloir pour déboucher sur une esplanade de marbre inondée de la lumière nacrée de l’étoile du secteur, Hanidèle. Des jetbus rangés côte à côte attendaient sagement leurs passagers. Falmir et Ulem s’immobilisèrent, sur le point de se séparer.

« Si je puis me permettre, à mon avis tu t’engages dans une impasse », dit Falmir en lissant sa barbe.

Ulem haussa les épaules. « Contrairement à toi, je ne me demande pas en permanence si je suis dans la bonne direction ou dans une impasse. Je me contente de prendre la vie comme elle vient, avec ses joies simples et ses désagréments mineurs. Je te conseille d’en faire autant, tu l’apprécieras mieux. »

Falmir hocha la tête d’un air entendu. Ulem le salua et ils se quittèrent, chacun allant s’installer dans son jetbus.

Falmir pouvait bien jouer les donneurs de leçons, Ulem était convaincu qu’il n’en était pas moins rongé par l’envie et aurait volontiers échangé sa situation avec la sienne, ne serait-ce que pour une semaine. Les Elseviennes d’origine et leur peau mauve avaient tous les attraits de l’exotisme pour les colons humains, cependant elles étaient exigeantes et rares étaient ceux prêts à s’investir suffisamment pour entretenir une liaison suivie.

Le jetbus prit son envol, fendant l’air silencieusement. Il ferait un arrêt au geyser de Keldang, l’une des destinations favorites d’Ulem. Aujourd’hui était l’une des trois journées du mois sans touristes, il comptait donc bien profiter de cet état de fait et des dernières heures de clarté pour s’approprier la beauté enchanteresse des lieux.

La plupart des sièges étaient vides et les droïdes d’accompagnement – le terme était politiquement correct, en réalité ils auraient mérité le nom de droïdes d’encadrement – avaient été mis au repos. En temps normal, ces robots surveillaient discrètement dans chacun de leurs déplacements les visiteurs fortunés, lesquels venaient en grand nombre découvrir les prodiges elseviens. Et notamment les cascades dorées dont la réputation avait depuis bien longtemps franchi les limites du système. De ce fait il était essentiel d’opérer une surveillance aussi subtile qu’efficace afin de préserver l’environnement de toute forme de pollution susceptible de contrarier le fragile écosystème. Chacun avait à y gagner car ici, l’industrie touristique était la plus rentable de toutes.

Curieusement, les autochtones ne profitaient guère de l’absence de touristes pour s’aventurer en dehors des villes. Si Elsevia offrait les panoramas les plus somptueux de la galaxie et si la nature y prodiguait des merveilles aussi bien animales que végétales, Ulem avait remarqué que ses concitoyens se montraient le plus souvent blasés. Lui avait conservé son regard de môme émerveillé. Le jour où il le perdrait, il ne serait plus le même homme.

Le jetbus survola les imposantes bâtisses de la capitale dont les murs revêtaient l’aspect du bois. Edifiées dans le respect de l’environnement, elles semblaient jaillies du sol et se fondaient dans le décor, la plupart de leurs étages pourvus de larges balcons agrémentés de plantes luxuriantes ou d’arbrisseaux. Puis le paysage changea et les derniers faubourgs se clairsemèrent avant de disparaître. La région traversée à présent était fertile et contrastée, de hautes futaies ombrageant le rivage de paisibles lacs aux eaux murmurantes, de vastes prairies fleuries où paissaient de formidables pachydermes s’étalant sous des collines en pente douce.

L’appareil se posa sur une plaine moussue où se dressaient çà et là de grands rochers noirs aux formes extravagantes. Ulem laissa passer un couple de personnes âgées avant de descendre à son tour. C’est à peine s’il eut conscience du jetbus qui repartait derrière lui. Recherchant la quiétude, il opta pour un chemin différent de celui emprunté par le couple. Sentir la mousse s’enfoncer sous les pieds était tellement agréable qu’au bout d’un instant il fit une pause pour retirer ses chaussures et marcher pieds nus. Un soupir de bien-être lui échappa. Quelque part, un ruisseau courait sous le tapis végétal. Le ciel présentait des nuances d’orangé nacré de rose et de cotonneuses nuées suivaient le cours du vent à diverses altitudes. Une légère brise lui caressait le visage, comme pour mieux souligner la pureté de l’air. Vers l’ouest, se silhouettait une masse trapue. De loin, on aurait dit un volcan aux rebords déchiquetés. Ulem savait qu’en s’en rapprochant, il finirait par discerner les multiples plis et replis de son écorce de brun et de cuivre mêlés. Car ce volcan était en réalité un néobab, majestueux mélange de vie végétale et minérale de plusieurs kilomètres de circonférence, qui plongeait ses racines jusque dans les entrailles de la terre.

Du vaste cratère, Ulem vit s’échapper un dense nuage composé de milliers de particules vertes. L’amas demeura en suspension, puis au moment où il aurait dû retomber, comme puissamment entraîné, se dirigea à l’horizontale le long d’un couloir invisible. Le lendë, le vent compact qui soufflait continuellement en altitude s’était emparé des particules.

Ulem gagna un poste d’observation à proximité – un anneau de vitriglass d’un mètre de haut qui s’entrouvrit dès qu’il s’en approcha. Il se positionna au centre, de façon à avoir le nuage vert en ligne de mire et appuya l’index sur la surface vitrée. Aussitôt, des détecteurs analysèrent sa morphologie. Puis un séquenceur holographique matérialisa un miroir sphérique à hauteur de ses yeux. Ulem pointa son index devant lui et le leva délicatement tout en regardant à travers le miroir. Le nuage s’agrandit tout à coup. Il haussa insensiblement le doigt et les particules se rapprochèrent encore, jusqu’à revêtir l’apparence de spores allongées. Désormais visibles, de petites créatures bipèdes aux ailes irisées et aux membres graciles voletaient autour des spores, se servant d’une longue et mince trompe qu’elles avaient sur le front pour en aspirer le pollen. Ulem contempla un moment leur manège, un large sourire s’épanouissant peu à peu sur son visage. Assister au repas des diaphanes le divertissait, mais ce n’était qu’un avant-goût de ce qui allait suivre. Il désactiva le poste d’observation et sortit de l’anneau. Ses chaussures toujours à la main il se mit à marcher prestement, sans hésitation. Bientôt, il perçut par intermittence un léger sifflement. Au détour d’un massif de fougères, le sol était fendu d’une de ces failles caractéristiques de la géologie d’Elsevia. Le diamètre de la cavité béante pouvait atteindre une coudée, s’en échappait en chuintant une vapeur blanchâtre.

Ulem s’étendit confortablement sur la mousse, entre la lézarde et un parterre de fleurs odoriférantes. Là, il attendit. Les rayons d’Hanidèle jouaient avec sa peau tout en lui réchauffant les os. La sensation était si apaisante après avoir passé la journée à se concentrer sur des éprouvettes qu’Ulem faillit s’endormir. Néanmoins il garda les paupières entrouvertes. Quelques instants plus tard, de légers murmures firent vibrer l’air, semblant se répercuter en écho à l’infini.

Un à un, les diaphanes apparurent dans son champ de vision.

D’aussi près, leurs longs cils étaient visibles, et Ulem remarqua les grandes prunelles noires qui ne cessaient de s’agiter dans leurs orbites. Avec un bel ensemble, ils se disposèrent en cercles concentriques autour du cratère. Deux d’entre eux se détachèrent du groupe et, planant à l’horizontale, unirent leurs mains au-dessus du geyser. Lorsque la vapeur s’éleva, ils commencèrent à chanter de concert, se laissant emporter en altitude. Leur voix était claire comme le cristal, mais les notes ne se mariaient pas entre elles et le résultat n’avait rien d’harmonieux. De nouveaux couples se créèrent, leur chant générant une cacophonie grandissante. Tendant l’oreille, Ulem finit par distinguer ce qu’il recherchait. Du chaos émergeait un point d’ancrage, un duo dont les voix et les accords étaient parfaitement assortis. Là où leurs congénères se séparaient pour revenir former d’autres binômes, ces deux-là, une fois atteint l’apogée de leur vol, redescendaient pour s’élancer derechef ensemble, les mains jointes au-dessus du cratère, leur trompe se frôlant sensuellement. Le cœur d’Ulem se mit à battre plus vite quand il entendit dans le charivari des chants deux voix supplémentaires se mélanger avec bonheur. L’ordre prenait peu à peu le pas sur le chaos. Bientôt allait naître une symphonie inhumaine et envoûtante, qui le transporterait de joie extatique.

Une ombre s’étendit sur son corps, et Ulem tourna la tête. Une silhouette ventripotente se découpait en contre-jour. Oh non ! Pas lui ! Nul besoin de distinguer ses traits pour reconnaître Gaspard Naybert. L’individu était plus collant qu’une sangsue alnésienne, en venant ici il savait avoir de bonnes chances de trouver Ulem. Depuis que celui-ci avait eu le malheur de lui apprendre à se servir de ses crampons d’escalade – la première fois où il l’avait rencontré, Gaspard les avait couplés à un ajusteur gravitationnel et grimpait gaillardement sur un arbre en arrachant à chaque mouvement de larges plaques d’écorce – l’indécrottable lourdaud se faisait un devoir de lui infliger sa présence aux moments où il s’y attendait le moins. Etait-ce parce que Gaspard était orphelin qu’il recherchait ainsi sa compagnie ? Ou bien par simple oisiveté, la fortune considérable héritée de ses parents lui permettant de se passer de toute activité professionnelle ? A dire vrai Ulem n’en avait cure, tout ce qu’il voulait c’était profiter de son temps libre sans être importuné.

« Je me suis acheté le dernier Rythmor, le DL-37 », dit Gaspard en forçant sa voix pour couvrir le son des chants. Il exhiba des coudières métalliques, son attitude suggérant qu’il était pleinement satisfait de son acquisition. Ulem lui lança un regard oblique avant de détourner le visage, bien décidé à ignorer l’importun. Il n’avait pas de temps à perdre avec ses enfantillages : les chœurs des diaphanes gagnaient en harmonie et intensité. Un petit moment encore, et les jeux de lumière sur leurs ailes allaient se fondre en motifs multicolores si éphémères et irréels qu’ils en seraient aussi inoubliables que la musique…

« ARSH KOUN ARSH KOUN DHARSH ZVAAAAR ! IRKUN ORKUN ERSH GREEEEM ! » Ulem sursauta, ses cheveux se dressant sur la tête. Les diaphanes s’éparpillèrent et s’enfuirent à tire-d’aile, quelques-uns décochant au passage des regards furibonds ou indignés vers Gaspard. Celui-ci ne les remarqua même pas, trop occupé à gesticuler au rythme des instruments à percussion accompagnant les infernaux braillements rauques et gutturaux. Le son semblait provenir de ses coudières comme de ses genouillères. Ses bras et jambes se détendaient grotesquement en cadence, comme mus par des ressorts.

Ulem se redressa lentement, blême de colère, les narines plissées et les poings serrés. Il pivota vers les diaphanes – ils n’étaient déjà plus que de minuscules points dans le ciel et ne reviendraient pas de sitôt – avant de reporter son attention sur Gaspard. Me calmer, il faut dabord que je me calme. Une profonde inspiration tremblante, et il réussit à desserrer quelque peu les poings et à décrisper la mâchoire. Alors il s’avança vers l’olibrius qui se trémoussait toujours comme un pantin désarticulé, et, prenant son air le plus avenant possible étant données les circonstances, lui fit signe d’éteindre le Rythmor. Gaspard obtempéra sagement, interrompant enfin le vacarme assourdissant. Sa face joufflue était rougie par l’effort, de la sueur perlait sur son cou.

« Tu as vu, ça casse la baraque pas vrai ? haleta-t-il.

— Ah oui, ça, pour casser la baraque… »

Si Gaspard avait été plus attentif, il aurait remarqué la tension contenue dans la voix d’Ulem et la pâleur de son teint. Mais il se contentait de sourire benoîtement, heureux d’avoir attiré l’attention de son « ami. »

Ulem désigna une coudière. « Dis-moi, c’est le dernier modèle ?

— Le dernier et le meilleur ! Tu as remarqué la pureté du son ? Et ce relief ! On a l’impression que la musique jaillit de partout à la fois !

— Musique ? Euh… oui. C’est un modèle étonnant, en effet.

— Et ces mouvements que je faisais ! La grande classe, hein ?

— La très grande classe… Au fait, comment cela fonctionne-t-il ?

— Par impulsions neurales. Ce modèle offre une variété de rythmes encore plus importante que les précédents. (Ulem opina du chef d’un air captivé. Encouragé, Gaspard ouvrit l’une de ses mains larges comme des battoirs, dévoilant un petit boîtier muni d’un bouton et d’une molette.) Tu vois cette mollette ?

— Oui.

— Elle commande le rythme. Tu la descends, ça ralentit. Tu la montes, ça va plus vite.

— Et ce bouton, c’est le marche/arrêt ?

— Précisément. »

Avec dextérité, Ulem fit monter du pouce la molette au maximum pour aussitôt après appuyer sur le bouton de l’index. Il recula avec vivacité à l’instant ou le groupe de Heavy Trash filethien se remettait à aboyer. Les percussions s’abattaient avec frénésie et Gaspard bougeait les membres à toute vitesse à la manière d’un droïde déréglé, ses cheveux bouclés à la teinte ocre tressautant en suivant le tempo. Lequel s’avéra si implacable que Gaspard ne parvenait pas à effleurer le bouton d’arrêt. Un sourire mauvais aux lèvres, Ulem le vit s’effondrer en arrière, sur le séant puis sur le dos, où il continua de battre des mains et des pieds. Il ressemblait à présent davantage à une tortue dont les vains efforts pour se relever seraient aussi dérisoires qu’acharnés. Sa figure avait viré à l’écarlate et Ulem, s’apercevant qu’il frisait l’apoplexie, se demanda avec une pointe d’inquiétude si la plaisanterie n’allait pas un peu loin.

Le Rythmor décida pour lui. L’appareil, ayant détecté une hausse périlleuse du rythme cardiaque de son propriétaire, se mit en panne. Ulem, soulagé, regarda Gaspard ahaner, haleter et tousser comme s’il était resté un peu trop longtemps sous l’eau. Puis il lui tourna le dos en secouant la tête avant de s’éloigner, maudissant une fois de plus entre ses dents le jour où leurs chemins s’étaient croisés.

Par chance, Ulem n’eut à patienter qu’un court laps de temps pour attraper son jetbus. Il voulait à tout prix éviter de faire le voyage en compagnie de Gaspard, qui n’aurait pas manqué de l’accabler de reproches pour le petit tour qu’il lui avait joué. Un tour amplement mérité. La déception de n’avoir pu assister à l’intégralité de la parade amoureuse des diaphanes ne s’atténuait que lentement. Et pour cause : leur période de reproduction était brève et ne survenait qu’une fois l’an. Gaspard avait donc gâché – avec quelle insouciance et quel égocentrisme ! – un spectacle unique, que les simulateurs holographiques les plus pointus n’étaient pas capables de reproduire avec suffisamment de vérité.

En arrivant dans les faubourgs d’Arcasie, Ulem prit une correspondance. Ce n’est qu’en sortant du second jetbus, non loin de chez Fenentha – elle occupait un confortable appartement dans l’un de ces bâtiments à terrasses où résidaient les classes aisées de la population – qu’il cessa de ruminer sa déception. Hanidèle venait de se coucher. L’air était aussi pur qu’à la campagne et les lumières de la ville artificiellement résorbées afin que là-haut dans le ciel, les satellites d’Elsevia apparaissent dans toute leur splendeur. Quatre des six étaient visibles ce soir-là. Il y avait Eün, vaste sphère bleue cerclée de sa fabuleuse ceinture d’astéroïdes d’un blanc resplendissant, le lointain Moystar, de moitié moins volumineux et d’un grenat impénétrable, Galyn drapé de blanc, présentant aux côtés de ses cratères gris une impressionnante faille d’un noir abyssal qui parcourait toute son écorce, et Vixa dont l’atmosphère était sillonnée de fascinantes nuées vert émeraude. Cette vision avait le don de chasser les soucis d’Ulem et là encore, ce fut le cas.

La porte de l’immeuble s’ouvrit pour le laisser entrer. Il gagna la plate-forme d’accès aux étages supérieurs et murmura « Fenentha Redgrave. » Un champ de stase l’enveloppa et moins d’une seconde plus tard, le déposa sur une nouvelle plate-forme à l’étage désiré. Le cœur léger à la pensée de retrouver sa bien-aimée, il avança d’un pas leste jusqu’à l’entrée de son appartement. La porte glissa silencieusement sans qu’il eût à annoncer sa présence – son identité déjà établie par les détecteurs de l’ascenseur. Deux chandelles allumées trônaient sur la table du salon, environnées d’assiettes de porcelaine savamment décorées, de couverts brillant d’un éclat argenté et de verres de cristal. Un délicieux fumet d’une variété de sole nommée linamel et de sauce parfumée aux épices de Bengalour titillait les narines.

Fenentha l’accueillit de son sourire lumineux. Elle avait revêtu une longue robe pourpre soyeuse, décolletée comme il les aimait et s’harmonisant avec les cheveux blonds scintillants qui lui tombaient en cascade sur les épaules. Pour tout ornement elle portait sur le revers de la poitrine une discrète broche de gemmes andosiennes au teint laiteux marbré de turquoise.

« Tout ça pour moi ! fit mine de se récrier Ulem. C’est beaucoup trop… Tu as même sorti une bouteille d’élixir de Balj ! »

Fenentha lui passa les bras au-dessus des épaules avant de l’embrasser. « Rien n’est trop beau pour toi mon amour, susurra-t-elle. Tu vas être absent trois interminables jours et trois non moins interminables nuits, il faut bien que pendant ce temps mon souvenir de nous deux soit le plus heureux possible.

— Tu exagères, la réprimanda gentiment Ulem en lui caressant les cheveux. Je me serais à peine absenté que déjà tu me verras revenir.

— Oh, que non ! (Elle se dégagea et plongea ses yeux couleur lapis dans les siens, la mine grave.) Trois jours, c’est long tu sais. Je ne te l’ai peut-être jamais dit, mais le temps s’écoule beaucoup plus lentement quand tu n’es pas avec moi. Si seulement la Centrale ne t’envoyait pas à l’autre bout de la planète la moitié de la semaine ! C’est tout de même injuste que tu doives sacrifier une part si importante de ta vie personnelle pour ton job. Ils n’ont donc personne en dehors de toi ?

— Nous en avons déjà parlé, Fen. (La voix d’Ulem s’était faite apaisante et il lui prit une main qu’il effleura du bout des doigts.) Cela durera quelques années encore avant que je puisse demander à ce que mon poste ici à Arcasie devienne permanent. Allons, ne gâchons pas la soirée en nous insurgeant contre l’inévitable. De toute façon, ni toi ni moi ne pouvons rien changer à la situation. Occupons-nous plutôt de ces appétissants mets que tu as fait préparer… et profitons l’un de l’autre. »

Elle y souscrivit malgré un dernier regard peiné et ils passèrent à table. Divers sujets plus légers furent abordés, Fenentha retrouvant peu à peu le sourire. Puis la conversation vint à se porter sur leur première rencontre. Celle-ci remontait à environ deux ans auparavant, à l’occasion d’une de ces nombreuses fêtes à ciel ouvert qui rassemblaient en soirée touristes et autochtones en mal de distraction. Au pied de la rassurante charpente massive d’Alanduniêv, immense néobab veillant sur une plaine dont l’herbe, d’une qualité inconnue sur Terre était à la fois soyeuse, confortable et résistante, les verres s’étaient entrechoqués et l’orchestre avait battu son plein, entraînant nombre de convives à s’élancer sur la piste de danse délimitée par les droïdes d’accompagnement.

« Je me souviens, dit Ulem d’un ton réjoui, tu dansais avec un grand escogriffe oblanite qui s’y prenait comme un manche. J’avais l’impression qu’il t’avait confondue avec un sac de sable qu’il s’était mis en tête de secouer pour en déverser le contenu. »

Elle partit d’un petit rire cristallin. « C’était un peu ça… (Son expression se fit rêveuse.) Mais il ne manquait pas d’un certain courage pour avoir osé m’inviter. C’était un grand timide et il ne cessait de faire des grimaces embarrassées en s’excusant de sa maladresse.

— N’empêche, tu as été soulagée quand j’ai pris le relais à la danse suivante, n’est-ce pas ?

— J’avoue que tu m’as tirée d’un mauvais pas. Et je t’ai tout de suite trouvé mignon. (Ils échangèrent un baiser impromptu.)

— Pour moi, tu étais la plus belle de la soirée. Au début c’est seulement ainsi que je te voyais : comme une ravissante créature. Mais cela a vite changé…

— Quand je suis allée voir l’Oblanite ?

— Oui. J’avais remarqué moi aussi l’attitude de ses deux amis, l’Udanien et l’Andosien. A vrai dire je trouvais cela drôle, de les voir mimer sa danse avec toi.

— Cruel plutôt que drôle, je dirais, rectifia-t-elle. Le pauvre était rouge comme une écrevisse terrienne et ne savait plus où se mettre. Si je n’étais pas venue lui parler, sa soirée aurait été gâchée, c’est certain.

— Que lui as-tu dit, exactement ?

— Juste que je le remerciais de m’avoir invitée. Puis en me tournant vers ses "amis", j’ai laissé entendre bien haut que tout le monde n’avait pas sa bravoure, et que je serais curieuse de voir comment eux se débrouilleraient.

— Ça leur a bien rabattu le caquet.

— Ils avaient l’air très jeunes et inexpérimentés, ils ne devaient pas être mieux dégrossis que lui, répondit-elle en haussant ses épaules menues.

— Sans doute. En tout cas c’est à ce moment que j’ai compris qui tu étais : quelqu’un de bien. Et j’ai décidé que si je laissais passer l’occasion de mieux te connaître, je serais un parfait imbécile.

— Ce qui est loin d’être le cas, mon amour. En plus de ta jolie frimousse ronde, c’est ton esprit et ton humour qui m’ont le plus attiré en toi. Ta façon d’aborder la vie en ne paraissant rien prendre au sérieux, en sachant goûter la saveur des choses. Et aussi… (ses joues rosirent) une sorte de fragilité en toi qui te rend si attachant.

— Ma foi, je ne sais pas si je suis fragile… Ce qui est sûr, c’est que nous nous complétons parfaitement. »

Ils devisèrent ainsi quelques instants encore, se remémorant leur premier baiser et d’autres épisodes de leur vie commune. Puis, pendant que le droïde de Fenentha – un modèle de base à la personnalité embryonnaire et dont l’unique caractéristique remarquable était la voix masculine chaleureuse – s’occupait de la vaisselle et des reliefs du repas ils se dirigèrent vers la chambre. Là, ils firent l’amour avec toute la fougue de leurs trente ans. Par moments il sembla à Ulem que Fenentha l’étreignait comme s’ils ne devaient plus se revoir, et une fois de plus la pensée le traversa qu’elle prenait leur petite séparation hebdomadaire trop à cœur.

 

Le lendemain, ils s’embrassèrent longuement sur le seuil de la porte d’entrée. En quittant Fen, Ulem ne put s’empêcher de se demander quelle serait sa réaction si elle apprenait que loin de se préparer au voyage pour Yachitan aux confins du globe comme elle le croyait, il se rendait à son lieu de travail habituel. Au mieux serait-elle interloquée, au pire effondrée. Le mensonge lui avait été suggéré au cours d’une conversation en apparence anodine par Ruy Lans, le contrôleur général des eaux. L’homme avait un jour retrouvé son épouse dans les bras d’un amant de passage et saisissait depuis la moindre opportunité de tirer vengeance du genre féminin. Il avait pris Ulem sous son aile et lui fournissait tous les alibis et justifications dont il avait besoin, ce qui s’avérait fort utile. Le risque existait toujours que Fenentha mène son enquête, bien entendu, auquel cas il finirait probablement par être démasqué. Cela faisait partie du jeu et Ulem l’assumait. Si elle en venait au point de le soupçonner et de faire des recherches sur son compte, eh bien cela signifierait que leur relation toucherait à son terme. Il serait alors temps d’envisager un nouveau projet de couple, aussi triste et affligeant que cela paraisse. Ce type de situation ne lui était pas inconnu et il savait comment rebondir.

Il s’engouffra dans un jetbus et décida de cesser de remuer des idées noires pour se focaliser sur un avenir plus proche et souriant. Ce soir, il verrait Iona. La perspective s’accompagnait d’un indéniable sentiment de culpabilité… pourtant négligeable en comparaison du plaisir anticipé qui le grisait. Fenentha eut-elle été moins honnête, moins attentionnée, moins innocente, moins pure en somme, il était persuadé que ce mélange doux-amer de honte et de volupté n’aurait pas été aussi stimulant. Oui, il s’abreuvait de liqueurs que d’aucuns auraient trouvé bien étranges. Ces mêmes personnes qui ignoraient tout du sens véritable de la vie. A la nuit tombée, si comme il l’espérait et en avait l’intime conviction Iona lui cédait enfin, il atteindrait la plénitude.

Evoquer l’image de la seconde élue de son cœur lui remit à l’esprit les rumeurs circulant sur les Elseviens d’origine. On disait qu’ils possédaient des pouvoirs psychiques issus de leur appendice occipital, sorte de prolongation oblongue logée à l’arrière du crâne. Soi-disant, c’était ces « pouvoirs » qui leur garantissaient la fidélité de leur partenaire masculin ou féminin pour la vie – cela n’avait en aucun cas été prouvé scientifiquement. Il n’existait à cet égard aucun témoignage de colon ayant partagé des relations intimes avec un Elsevien de sexe opposé, c’est pourquoi Ulem ne prenait guère ces racontars au sérieux. Si pouvoirs il y a, eh bien peut-être me délivreront-ils de mon péché mignon, se disait-il. Dans le cas beaucoup plus probable ils savéreraient inexistants, je serai celui qui mettra fin à une légende sans fondement. En définitive, mes collègues au boulot devraient me considérer comme un véritable scientifique nhésitant pas à payer de sa personne pour mener des expérimentations. L’idée le fit sourire.

 

La journée s’étira en longueur et Ulem se fit reprocher en diverses occasions son manque de concentration à la tâche. Quand enfin il fut de retour au vestiaire il se changea, ne répondant que laconiquement à ceux qui remarquèrent sa fébrilité. Certes il avait connu plusieurs femmes dans sa vie, mais avec aucune il n’avait dû faire preuve d’autant d’assiduité qu’avec Iona. Trois mois, leur rencontre au marché de la Croisée des Chemins remontait à trois mois en arrière ! Depuis, Ulem lui avait rendu visite de plus en plus fréquemment, se pliant à chacun de ses désirs, accomplissant consciencieusement chacun des rites prescrits par ses coutumes ancestrales. Et il n’avait obtenu que quelques baisers du bout des lèvres ! Il y avait de quoi être nerveux.

Malgré son impatience, ou peut-être à cause d’elle – dominer ses émotions étant l’un des premiers préceptes de l’art de la séduction – il prit le temps de se rendre au centre esthétique. Là, des femmes trop parfumées et volubiles, dont l’âge avancé ne se devinait qu’à la voix ou après un examen attentif des iris lui firent une manucure complète. Il se fit également coiffer et raser de près. Armé d’un bouquet de fleurs resplendissantes, il embarqua ensuite sur un glisseur qui remontait le cours du fleuve Wun. Le voyage fut court et agréable, même si exceptionnellement Ulem ne savoura guère le paysage. La demeure d’Iona Y’ags se situait un peu à l’écart de la ville, perchée sur un promontoire rocheux surplombant le fleuve. Bien que construite par les colons humains, elle était recouverte à la mode elsevienne d’un mélange de mousse, d’algues d’eau douce et d’une variété de nénuphars dont le choix et la disposition ne devaient rien au hasard.

Ulem aperçut Iona de loin. Il s’approcha sans faire de bruit, se demandant si elle le remarquerait. Elle était penchée sur un établi à l’extérieur, vraisemblablement occupée à des travaux de couture. Soudain elle leva le visage et lui fit un petit signe de la main. Surpris, il le lui rendit après un bref temps d’arrêt. Il contourna des buissons d’épineux – les Elseviens refusaient d’employer des droïdes aussi le secteur était-il plus sauvage que les alentours de n’importe quelle habitation coloniale – puis emprunta un raidillon rejoignant le promontoire et parcourut enfin les derniers mètres. Il était un peu essoufflé et son cœur battait plus vite que la normale, mais il savait l’effort physique n’en être que partiellement responsable. Iona avait posé ses aiguilles et ses étoffes moirées. Son pantalon moulant et ce bustier noir qui enserrait sa plantureuse poitrine étaient vraiment très seyants. Ses longues mèches brunes s’entrelaçaient en complexes lacis – la coiffure devait avoir une signification car elle se modifiait à chaque rencontre. Un jour il lui poserait la question. Pour le moment présent il s’inclina devant elle, porta sa main libre à son front puis à son torse avant de la tendre dans sa direction comme elle le lui avait enseigné. Sans un mot elle exécuta gracieusement un salut semblable, puis releva le menton de cette façon majestueuse qui la rendait arrogante et inabordable pour la majorité des hommes, mais à l’inverse renforçait son attrait aux yeux d’Ulem. Le léger pli à la commissure de ses lèvres pleines démentait cette attitude altière, révélant qu’elle était contente de le voir. Ses prunelles à l’iris orangé s’attardèrent un instant sur le bouquet que tenait Ulem, puis elle le lui prit des mains.

« Allons les replanter là-bas à côté des autres, dit-elle en désignant une parcelle de terrain fleurie jouxtant le grand rocher où était sise sa maison. Comme cela…

— Lorsque tu passeras à côté tu penseras à moi, compléta-t-il. Oui, je sais. » Ils échangèrent un sourire complice et il se remémora la première fois qu’il lui avait offert un bouquet. « C’est une très ancienne coutume humaine, lui avait-il expliqué. Nous offrons des fleurs aux personnes, en général de sexe opposé, qui font vibrer notre cœur… pour lesquelles nous avons des sentiments, si tu préfères. » Le visage d’Iona s’était illuminé d’une franche jovialité qui l’avait pris au dépourvu. « Pour nous c’est bien différent, avait-elle répliqué. Nous piétinons les fleurs à l’occasion de cérémonies festives. Elles jouent également un rôle dans ce que nous appelons le rituel de la terre. »

La transplantation accomplie, ils entrèrent préparer le repas. Le mobilier était un assortiment insolite d’antique et de moderne : en bonne place à côté d’un modulofauteuil figurait une inconfortable chaise en bois ouvragé. Jusqu’aux ustensiles de cuisine, qui incluaient aussi bien un rustique pilon et son mortier qu’un couteau laser. Si les Elseviens avaient appris à accepter par commodité d’utiliser une part de la technologie introduite par les colons, pour le reste ils défendaient farouchement leurs racines et s’efforçaient de préserver leur mode de vie traditionnel.

Au dîner, Ulem orienta la conversation vers les nombreux frères et sœurs d’Iona, autant pour s’assurer qu’aucun d’eux ne débarquerait à l’improviste que pour détendre son hôte, car il avait déjà remarqué son relâchement quand les sujets familiaux étaient abordés. Il ne se risqua à approcher sa main de son avant-bras pour le lui caresser qu’après avoir avalé avec difficulté la dernière bouchée d’une espèce de pudding poivré – il avait décidément du mal à se faire à sa cuisine. Elle se contenta de hausser imperceptiblement ses longs sourcils graciles. Alors, il se pencha vers elle et l’embrassa tendrement. Elle accepta le baiser sans y répondre. Cette réserve dont elle était coutumière et refusait de se départir était irritante. Résolu à tenter le tout pour le tout, Ulem s’éclaircit la gorge et la regarda bien en face. « Tu sais, dans ce genre de circonstances nous autres humains avons tendance à nous allonger confortablement auprès de l’être aimé pour nous abandonner à nos épanchements naturels. C’est très agréable, comme tu pourras le vérifier si tu acceptes de t’étendre dans ta couche et de me laisser faire le reste.

— Oh, je sais ! Nous agissons de même.

— Alors ? Tu es d’accord ?

— Etant donné que toi et moi avons accompli tous les rites préconisés par Zar Y’olk le Haut, notre union va pouvoir se concrétiser dès ce soir » répondit-elle avec solennité.

Fantastique ! exulta Ulem, les yeux brillants. Mon instinct ne mavait pas trompé. Je sentais bien que cétait dans lair !

« Il y a toutefois une dernière étape à accomplir, ajouta-t-elle en fixant Ulem – lequel avait la bouche ouverte et était suspendu à ses lèvres. Pour nous Elseviens, c’est un acte naturel, mais d’après ce que m’a confié ma cousine Lin, qui le tenait de sa grand-mère, cela peut se révéler déstabilisant pour un humain.

— De quoi s’agit-il ?

— Cela s’appelle la transmutation. En principe elle s’opère à tour de rôle, mais comme tu es un humain nous devrons nous en tenir à une seule. Nos esprits vont communier un instant, puis tu quitteras ton corps pour rejoindre le mien et j’apprendrai à mieux te connaître.

— Quitter mon corps ? Ce n’est pas dangereux ?

— Il n’y a aucun risque, répondit-elle d’un ton rassurant. Et si tout se déroule comme prévu, après cela nous pourrons en venir à des relations plus physiques.

— C’est une forme d’hypnose ?

— J’ignore la signification de ce mot.

— Est-ce que cela implique que nous nous regardions droit dans les yeux ?

— En effet, c’est ainsi que cela débute. »

Ulem se mit à réfléchir. Il connaissait les techniques d’hypnose pour avoir consulté plusieurs banques de données traitant le sujet. Y résister ne devrait pas lui poser trop de problèmes, car il avait appris que seuls les individus consentants s’y abandonnaient complètement. En toute logique, les conséquences seraient superficielles et si cela pouvait rassurer Iona et la convaincre d’aller plus loin… « Combien de temps cela dure-t-il ? s’enquit-il.

— Cela dépend des individus. Je dirais une heure, tout au plus. »

Une heure ! Il ne s’était pas attendu à cela. Pourrait-il tenir aussi longtemps ? Et qu’adviendrait-il s’il ne résistait pas ? Que lui enjoindrait donc de faire Iona ? Jamais il n’avait eu à se soumettre à un tel acte de foi pour quiconque… Allons ! se morigéna-t-il. Iona s’était toujours montrée franche et directe envers lui, et si parfois il lui était arrivé d’être un peu cassante, à aucun moment elle n’avait fait preuve de déloyauté. Il feindrait de se laisser faire et ensuite ils passeraient à autre chose, voilà tout. « Allons-y donc » murmura-t-il d’un ton résigné.

Selon les instructions d’Iona, ils s’étendirent face à face sur le matelas du lit, qui épousa aussitôt leur anatomie. Elle riva ses yeux orange aux siens. Lui tentait de regarder sur les côtés : ses pommettes, son joli nez, ses sourcils. Par intervalles néanmoins leur regard se croisait et Ulem éprouvait de plus en plus de difficultés à ne pas être… aspiré ?

Ce fut précisément ce qui survint. Les cercles safran s’agrandirent et bientôt il n’y eut plus qu’eux et les pigments colorés à l’intérieur. Puis tout devint noir. Un instant Ulem eut une sensation de frôlement et son cerveau absorba quantité d’informations et d’images se succédant si rapidement qu’elles défiaient toute analyse. Alors tout cessa. Après coup, il eut le sentiment d’avoir revécu l’existence d’Iona en remontant le fil de l’âge adulte, de sa jeunesse et d’une grande partie de son enfance. S’il ne se trompait pas, il avait même eu accès à ses pensées les plus intimes ! Oui, désormais il la connaissait plus profondément qu’aucune femme – et il avait l’intuition pour le moins déplaisante que la réciproque était vraie.

Quand la lumière revint, il lui sembla qu’il contemplait son reflet dans un miroir. Pourtant, l’angle de vision n’était… pas correct ! Et la pièce ne contient pas de miroirs ! Choqué, Ulem réalisa que son corps reposait inerte et se demanda s’il n’avait pas trouvé la mort et ne flottait pas en l’air, réduit à l’état d’esprit désincarné. Sans en avoir décidé ainsi, il se rapprocha de son visage aux joues rondes. Il ressentit un souffle léger sur les doigts mauves qui venaient de se poser sur ses lèvres. Une seconde main aux longs doigts fins lui ferma délicatement les paupières.

« Ne t’inquiète pas, tu vis et respires normalement. (C’était la voix d’Iona.) Ton corps est dans un état catatonique. Ton esprit est en moi. Je t’avais bien prévenu, l’expérience peut être déconcertante pour un humain. Tu regagneras ton corps et reprendras le cours de ta vie dès que je le permettrai. »

La voix d’Iona avait laissé transparaître de l’amertume et de la sécheresse dans cette dernière assertion, ce qui provoqua l’inquiétude d’Ulem. Il essaya d’entrer en communication… sans succès. Sa tentative avait été aussi futile que pour un poisson de sortir de l’eau et de se mettre à marcher.

« Ta duplicité et ta malhonnêteté envers moi me causent une peine et un déchirement que tu ne peux concevoir. Les mesures que je suis contrainte de prendre me déplaisent au plus haut point, mais il m’est impossible d’agir différemment. »

Des mesures ? Quelles mesures ? Alarmé, Ulem s’efforça de nouveau de parler et de s’agiter, encore une fois en vain. Les éclairages qu’il avait maintenant de la personnalité d’Iona n’avaient rien de rassurant. Certes, « méticuleuse » et « bardée de principes » étaient les premiers mots qui lui venaient pour la décrire mais elle pouvait aussi se montrer rancunière et vindicative, voire intraitable. Le plus terrifiant demeurant que lui-même n’avait apparemment plus aucune prise sur les événements.

Iona se leva et alla chercher son P-com. Le code qu’elle composa parut familier à Ulem. Un hologramme de visage féminin se matérialisa et il entendit Iona saluer son interlocutrice. Le joli minois à l’expression intriguée appartenait à Violaine, l’une des anciennes conquêtes d’Ulem. Il n’eut pas le temps de s’interroger ni d’écouter l’entretien des deux femmes, car sans douleur, comme une porte qui se ferme, sa conscience de l’environnement s’éteignit subitement.

 

***

 

Il se réveilla sur la terrasse d’un café où vaquaient des droïdes aux bras chargés de plateaux contenant verres, bouteilles, carafes et flacons de diverses formes et dimensions. D’ici, on pouvait embrasser l’horizon du regard. Dans le lointain, Hanidèle rasait la cime des collines : il ne devait plus rester qu’une ou deux heures de clarté naturelle.

« Ton repos a duré une journée et une nuit, l’informa Iona. Bientôt tu seras de nouveau libre. »

Ah bon ? Quand exactement ?

Elle ne répondit pas, mais plutôt se tourna vers une table où semblait l’attendre une svelte blonde élégamment vêtue d’un tailleur blanc. Fen. Jusqu’à ce qu’Iona s’avance vers elle, Ulem contempla Fenentha stupidement, sans comprendre pourquoi cette dernière lui rendait son regard sans paraître le reconnaître. Puis brutalement, les implications s’imposèrent à lui et il réagit avec véhémence. Oh non ! Je ten supplie Iona ! Ne fais pas ça ! Ne lui dis rien de moi !

Iona demeura sourde à ses suppliques. L’instinct et l’esprit de déduction d’Ulem lui soufflaient qu’elle et lui ne pouvaient communiquer par la pensée – sinon pour quelle raison lui parlait-elle à voix haute chaque fois qu’elle s’adressait à lui ? – mais il refusait de se résigner à sa condition d’observateur muet et impuissant.

Elles se saluèrent, puis Iona s’assit en face de Fenentha et elles commandèrent des rafraîchissements. Les pires craintes d’Ulem se confirmèrent lorsque la première déclara tout de go : « Je tenais à vous rencontrer car nous avons une connaissance commune qui travaille à la Centrale des Eaux, Ulem Beltran. »

Les yeux de Fenentha s’arrondirent d’étonnement, tandis qu’Ulem, horrifié, avait l’impression d’osciller sur le rebord d’un gouffre sans fond. « Vous ne venez donc pas vous renseigner sur la prochaine réception organisée par la Sevex ? (C’était le nom de l’entreprise de loisirs où était employée Fenentha.) 

— Non. Il m’a fallu trouver ce prétexte pour vous rencontrer plus facilement. Je ne pouvais vous dire ce que j’ai à dire par communicateur.

— Et de quoi s’agit-il ? »

Il y avait de l’appréhension dans la voix de Fen, et Ulem sentit son propre esprit se contracter, se recroqueviller comme pour mieux absorber l’impact à venir.

Iona prit une longue inspiration. « Ulem a commencé à me courtiser il y a trois mois environ. Il m’avait dit être célibataire et j’ignorais qu’il avait des relations intimes avec vous. Nous nous sommes fréquentés d’abord de façon espacée puis de plus en plus régulièrement, mais toujours pendant les mêmes moitiés de semaine. Le reste du temps il prétextait se rendre dans la ville de Yachitan, alors qu’en réalité il était en votre compagnie. Je suis vraiment désolée, mais il nous a menti et trompé toutes les deux. »

Ça y était. A présent c’était sûr, Ulem tombait en chute libre. Nooooooooon ! hurla-t-il silencieusement. Le sang avait reflué de la tête de Fen et ses yeux s’étaient embués. « Ce n’est pas possible ! protesta-t-elle la gorge nouée par l’émotion.

— Hélas si. » Iona retira de son sac à main une holocam compacte avec laquelle elle projeta le film qu’ils avaient pris l’après-midi où ils s’étaient baignés dans le fleuve Wun. Elle figea l’image au moment où tous les deux étaient enlacés, en train de poser devant l’objectif. A ce stade, Fenentha se cachait la figure des deux mains et regardait entre ses doigts. Iona mit fin au supplice en arrêtant l’appareil.

D’une toute petite voix altérée par l’émotion, Fenentha demanda : « Vous avez eu des… rapports ?

— C’est bien pire que cela. Nous avons accompli ensemble les rites d’union des âmes et nous sommes joints spirituellement. Dorénavant et jusqu’à notre trépas, nous sommes liés. »

Il y eut un silence, puis Fenentha baissa les paupières et, les lèvres tremblantes, laissa échapper de longs sanglots entrecoupés de reniflements. Ulem se sentait presque autant meurtri de ne pouvoir exprimer ses émotions ni la consoler que de la voir dans cet état. Il en voulait terriblement à Iona d’appliquer une justice aussi inhumaine – faisant taire la voix lui murmurant qu’il était le premier responsable de la situation. Et l’Elsevienne se prévalait d’un « lien » privilégié ? En ce qui le concernait, il était certain de pouvoir regagner son indépendance aussitôt qu’elle l’aurait libéré ! Du moins si elle se décidait à le faire. Le doute horrible s’insinua, mais Ulem le rejeta avec virulence : elle lui avait affirmé le délivrer prochainement et était femme de parole. Il devait s’en tenir à cela sous peine de devenir cinglé.

Iona attendit que les pleurs de l’humaine se fussent espacés. Elle s’exprima ensuite d’une voix où perçait une profonde tristesse. « Nous ne sommes pas les premières de ses victimes. Il y en a eu d’autres, et la liste s’allongera si nous ne réagissons pas.

— Comment… le savez-vous ? hoqueta Fenentha.

— J’ai contacté deux d’entre elles, Violaine et Clotilde. Quand je leur ai raconté mon infortune, chacune a bien voulu évoquer sa relation avec lui, en me précisant les dates exactes. Cela remonte à quatre ans en arrière. Ulem entretenait ces deux liaisons alternativement, de la même manière qu’il en a usé avec nous jusqu’à présent. Et il y a aussi un fait décisif qui me permet de prédire que son comportement n’évoluera pas. Bien que je l’aie rencontré depuis moins longtemps que vous, je crois connaître dans le détail chaque aspect de sa personnalité. »

Non, cesse de lui parler de moi ! Tu n’as pas le droit de dévoiler ma vie ni qui je suis. Je t’en supplie, tais-toi donc !

Fenentha fronça les sourcils et contempla son interlocutrice de ses yeux rougis, dont le bleu des iris paraissait plus pâle. « A cause de ce… ce lien spirituel dont vous parliez ?

— Exactement. Ulem recherche le frisson du danger, il retire du plaisir de ses mensonges. C’est un équilibriste qui n’aime rien tant qu’évoluer sur la corde raide. C’est une drogue pour lui. (Elle caressa de la main son appendice occipital et Ulem ressentit le contact de ses doigts.) Il ne pourra jamais entretenir une relation unique avec une femme. Pourtant nous l’aimons toutes les deux et peut-être inconsciemment aimons-nous une part de sa fausseté.

— Parlez pour vous ! C’est un salaud, une ordure !

— Vous dites cela maintenant, mais la prochaine fois que vous l’aurez en face de vous, qui sait comment vous réagirez ? (Fenentha haussa les épaules, la mine déconfite.) Je sais quant à moi qu’il me faudra le partager si je veux le garder, car si je brisais son esprit rebelle il ne serait plus lui-même. Cependant, je préférerais le partager avec vous plutôt qu’une autre.

— Et pourquoi cela ?

— Parce que je vous connais à travers lui.

— Vous me connaissez ? Comment est-ce possible ? Il vous a parlé de moi ?

— Oh ! que non, il s’en est bien gardé. Toutefois, cette union spirituelle que j’évoquais comporte des échanges d’informations parfois involontaires.

— J’ai du mal à comprendre.

— Je ne peux vous en dire plus. Mon peuple préfère garder le secret sur certaines pratiques que nous jugeons sacrées.

— Je suppose que je dois donc vous croire sur parole… En tout les cas, je ne suis pas partageuse.

— Ni moi non plus. Mais si vous tenez réellement au couple que vous formiez tous les deux, si vous aimez encore Ulem, vous apprendrez à le devenir.

— Je dois réfléchir à tout cela et avant tout me remettre, marmonna Fenentha. (Ses yeux se posèrent sur son verre qu’avait déposé un droïde sans qu’elle le remarque et elle le porta à la bouche, en absorbant le contenu à grands traits.) Tout cela est… nouveau pour moi, bredouilla-t-elle en essuyant une larme.

— Avant que nous nous séparions, je dois vous prévenir qu’Ulem sait que nous nous sommes rencontrées aujourd’hui. »

Fenentha la dévisagea mais comprit à sa physionomie fermée que son interlocutrice n’était pas disposée à en révéler davantage.

Elles se levèrent d’un commun accord et se quittèrent, Fenentha les épaules voûtées, Iona d’une démarche ample et volontaire, plus fière que jamais.

Tout au long du trajet du retour, Iona resta silencieuse. Ulem devina qu’elle était affectée par sa rencontre avec Fen davantage qu’elle n’aurait voulu l’admettre. Quant à lui il en avait plus qu’assez de cette invisible prison où elle le tenait confiné. Son impatience croissait et les secondes s’égrenaient avec une invraisemblable lenteur, le paysage défilant avec une paresse indolente. Dans quel état retrouverait-il son corps ? Iona allait-elle tenir parole ? Et si oui, recouvrerait-il toutes ses facultés ? Ces questions, Ulem ne cessa de les ressasser, jusqu’au moment tant attendu où enfin elle pénétra dans la chambre où reposait toujours son enveloppe charnelle – dont la peau avait pris une inquiétante teinte cireuse. « Il était temps que cela se termine, murmura Iona en se massant l’arrière du crâne. La transmutation ne se prolonge pas aussi longtemps, normalement. »

Libère-moi, maintenant ! Immédiatement !

Elle ouvrit manuellement les paupières de son corps et scruta ses yeux. Le transfert proprement dit fut rapide et brutal. L’esprit d’Ulem, catapulté en avant, subit une décharge électrique et tout s’assombrit. Ensuite, insensiblement, les cellules nerveuses de son cerveau se réveillèrent. Il ne reprit possession de ses sens que progressivement, observant cinq bonnes minutes le plafond et le visage d’Iona avant que leurs contours se précisent. Dans l’heure qui suivit, il s’efforça en vain de parler ou de remuer, tandis qu’elle pratiquait sur lui des massages ponctuels et accentués destinés à stimuler muscles et nerfs. L’effet escompté fut finalement obtenu : Ulem redevint capable de se mouvoir et de s’exprimer dans une faible mesure. « Tu n’avais pas le droit… de faire cela », murmura-t-il. Sa langue était râpeuse, sa gorge et ses lèvres, desséchées. Iona lui donna un verre d’eau qu’il but à petites gorgées précautionneuses.

« Je ne pouvais pas savoir que les humains étaient à ce point déloyaux. A moins que tu ne sois pas représentatif de ceux de ton espèce ? C’est ce que j’incline à croire, car avant de te rencontrer je ne me souviens pas avoir été attirée par un humain.

— C’est du kidnapping pur et simple, poursuivit Ulem sans paraître l’entendre. Une forfaiture indigne ! (Il darda sur elle un regard dépourvu de toute aménité.)

— Tu as le premier kidnappé mon cœur. Je t’ai donné ma confiance et tu as abusé de ma naïveté. Il était juste que tu sois à ton tour trahi, ne serait-ce que pour apprendre ce que l’on ressent à subir une imposture.

— Tout est fini entre nous. Je ne te pardonnerai pas ce que tu nous as fait, à Fen et moi. »

Iona eut une moue réprobatrice. Son expression était celle d’une mère considérant un enfant capricieux et irresponsable, ce qui eut le don d’irriter Ulem davantage encore. « Tes paroles sont dictées par la colère. Tu t’apercevras dans les jours à venir que tu peux désormais difficilement te passer de moi. Il serait futile d’essayer de revenir en arrière car le lien qui a été créé ne peut être détruit que par la mort de l’un de nous deux. Et je sais que tu n’es pas un meurtrier. »

 

Ulem garda le lit la nuit suivante et toute une journée. Ses repas lui étaient apportés par Iona mais elle ne mangeait pas avec lui et évitait sa compagnie. Ulem avait beau se focaliser sur sa propre personne, il ne voyait pas de quel lien elle avait parlé. Lorsque ses jambes furent tout juste assez solides pour le porter il s’en alla comme un voleur, profitant d’une des absences d’Iona. Il était persuadé que jamais plus il ne croiserait son chemin – ni celui d’aucune autre Elsevienne à la peau mauve, s’il avait son mot à dire.

Ulem passa chez un médecin, qui lui prescrivit des fortifiants et signa un formulaire électronique justifiant auprès de la Centrale des Eaux d’Arcasie ses deux jours d’absence. Se sentant encore faible, Ulem regagna son appartement. Le droïde de Fen l’attendait sur le seuil, les bras chargés de ses vêtements, crèmes, lotions capillaires et divers produits d’hygiène et de beauté confiés à sa compagne. Ou plutôt, son ex-compagne. Le droïde n’était porteur d’aucun message. Ulem soupira, déverrouilla sa porte et, les lèvres serrées, récupéra ses affaires.

Le lendemain, son état physique en nette amélioration, il reprit le travail. Toute la journée il évita Falmir – ce dernier n’aurait pas manqué de s’enquérir de l’évolution de la situation et il n’était pas pressé de lui raconter l’épouvantable fiasco. Il ne s’avouait pas tout à fait vaincu cependant. Ainsi le soir venu, il prit son courage à deux mains et se rendit chez Fenentha. Elle lui permit d’entrer mais son visage n’aurait pas juré dans une galerie de statues glacées.

Comme il le lui expliqua, elle devait lui pardonner son écart car c’était le premier et le dernier, seuls la curiosité qu’il éprouvait envers les Elseviennes et un défi stupide lancé par les collègues de travail étaient à l’origine de cette regrettable mésaventure. Quant à Iona, elle s’était montrée d’autant plus jalouse qu’ils n’avaient en aucun cas couché ensemble. « Voilà pourquoi elle a fait en sorte de détruire notre couple ! »

Fenentha le laissa discourir sans l’interrompre. Puis : « C’est inutile, Ulem. Iona m’a transmis les coordonnées de Violaine et de Clotilde, qui ont corroboré ses dires. Tu t’es comporté avec elles comme avec nous deux. C’est-à-dire comme un véritable enfoiré. Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. »

Sa voix avait un peu tremblé, mais son expression – c’était la première fois qu’elle le toisait ainsi – était ferme et résolue. Ulem comprit qu’il était inutile d’argumenter.

 

Un mois s’écoula. Ulem se croyait plein de ressources, pourtant il constata que son entrain et son ardeur à courtiser les demoiselles au physique avantageux avaient passablement diminué. Sans doute s’était-il trop investi dans ses dernières relations. Curieusement, il pensait plus souvent à Iona qu’à Fen. Il se la représentait dans ses travaux de couture ou se rendant au marché, son panier à la main, avec une précision à vous couper le souffle. C’était au point où il finit par se demander si ce qu’il évoquait ne relevait pas davantage de la vision que du souvenir. Dès qu’il le souhaitait sa troublante présence s’évanouissait, il n’éprouvait aucune difficulté à se concentrer sur un autre sujet et il pouvait s’écouler plusieurs jours sans que son image ne lui revienne à l’esprit, mais tout de même, cela avait quelque chose de déconcertant. Le lien mentionné par elle existait-il réellement ?

« Allons donc ! se tança-t-il, tout cela n’est que fumisterie superstitieuse ! »

A plusieurs reprises il approcha divers membres de la gent féminine – il choisissait des touristes de passage, désireux de ne plus s’embarrasser d’une relation à long ou moyen terme – sans démontrer suffisamment de conviction ni de sincérité. Un jour pourtant il parvint à ses fins. La nuit qu’il vécut avec la splendide Nadarienne aux interminables cils langoureux, à la peau d’ébène veloutée et aux formes rebondies aurait dû être des plus torrides. Et certes, le plaisir physique fut bien au rendez-vous. Une fois l’acte accompli cependant, la vacuité de ses sentiments le submergea. Tous ses efforts et ses démarches pour donner un sens à sa vie ou à tout le moins rechercher l’extase lui semblaient fades et sans intérêt : autant d’entreprises vouées à l’échec. Quand il chercha à se souvenir d’une période plus heureuse, ce fut l’image d’Iona qui s’imposa encore – avec une vérité toujours aussi prodigieuse. En se concentrant Ulem acquit même la certitude qu’elle avait pour ainsi dire conscience de sa présence. Quelques jours plus tard, il renouvela l’expérience en essayant d’analyser son déroulement. Il la vit tout d’abord s’avancer de sa démarche souple et sensuelle vers des champignons dorés dans des bois détrempés par la pluie. Que cette présence fut tellement agréable à regarder et émouvante, il ne pouvait se l’expliquer. L’épreuve qu’elle lui avait fait traverser lui restait pourtant en travers de la gorge ! Elle n’avait pas réalisé qu’il l’observait. Mais soudain elle se figea et le cœur d’Ulem fit un bond dans sa poitrine. Elle pense à moi ! Quand bien même sa raison s’évertuait-elle à nier l’évidence, celle-ci s’imposait envers et contre tout. Il essaya de lui transmettre des pensées, sans obtenir de résultat. Sans plus de succès, il fit de son mieux pour se concentrer et écouter ce qu’elle aurait à dire.

Elle était une présence pour lui et lui pour elle, ni plus ni moins.

Cependant une brèche avait été ouverte, et Iona s’y immisça de plus en plus fréquemment. « Tu t’apercevras que tu peux difficilement te passer de moi », avait-elle affirmé. Il combattit farouchement cette idée car il voulait croire que son indépendance lui importait plus que tout. Mieux valait enfouir son image au plus profond et l’oublier pour toujours.

La méthode parut fonctionner… du moins tant que ses activités s’avéraient suffisamment astreignantes. Le reste du temps il se complaisait à la rejoindre mentalement, où qu’elle fût. Un soir, il s’arma de résolution et embarqua sur le glisseur qui remontait le fleuve Wun. Non sans raideur, il descendit à l’arrêt le plus proche du promontoire. De là il laissa ses pas le guider jusqu’à la demeure d’Iona, se persuadant qu’il venait « juste mettre certaines choses au point. » En longeant la fenêtre qui donnait sur le séjour, il l’aperçut assise en face de Fenentha. Toutes deux buvaient à petites gorgées du thé comme des amies de longue date. Ulem secoua la tête. Peu importe à quelle espèce elles appartiennent, les femmes sont décidément des créatures déroutantes. Résigné, il franchit le seuil. Sa vie allait prendre nouvelle tournure.

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 08:53

Coïncidence, au moment même où, sur le conseil de l'auteur de thrillers Joe Konrath, je suis en train de lire The Gift of Fear, de Gavin de Becker, ma femme se met en arrêt maladie (15 jours) pour overdose de stress au boulot. Bien qu'un surcroît de stress ne signifie pas dans son cas qu'il y ait harcèlement au sens strict du terme, cela m'a amené à me poser des questions à ce sujet. On sait que dans nos sociétés, il est beaucoup plus difficile de changer de boulot, ce qui génère une souffrance énorme au travail. Les Trente Glorieuses sont loin. On dit qu'une personne sur trois en activité sera victime de harcèlement au travail, c'est énorme. Le fait de ne pas avoir de "p'tit chef" est d'ailleurs une grande motivation pour moi en tant qu'auteur. Or, le livre de Gavin de Becker parle non seulement de psychopathes et autres tueurs en série, mais aussi de harcèlement au travail. Et certains rapprochements peuvent clairement être établis entre psychopathes et harceleurs.

 

Chaque homme porte en lui-même la forme entière de l'humaine condition, disait Montaigne. L'un des points importants qu'il faut retenir à propos de The Gift of Fear est que Gavin de Becker met en garde contre l'étiquetage. Ainsi, en nommant certains "psychopathes", on met l'étiquette "monstre" et "anormalité" sur ces personnages, alors que l'on devrait pourtant rechercher ce que nous avons en commun avec eux, pour mieux les connaître et les contrer.

 

Une phrase en particulier m'a mis en éveil. La traduction est de ma pomme, n'hésitez donc pas à vous faire votre propre opinion en lisant le livre dans sa version originale.

 

Certaines personnes fonctionnent sans écouter leur conscience; elles ne se soucient pas du bien-être des autres, point. Dans les salles de conférence en entreprise nous pourrions appeler ceci de la négligence; dans la rue nous nommons cela criminalité. La faculté d'agir au mépris de sa conscience ou de son empathie est l'une des caractéristiques que l'on attribue aux psychopathes. Le livre clairvoyant de Robert Hare, Without Conscience, identifie plusieurs autres caractéristiques. Ces personnes sont:

 

- désinvoltes et superficielles

- égocentrique et grandiloquentes

- dépourvues de remords (scrupules) ou de culpabilité

- fourbes et manipulatrices

- impulsives

- en quête d'excitation

- dépourvues de sens de la responsabilité

- émotionnellement creuses

 

Est-ce que certaines personnes dans votre entourage au travail répondent à certaines de ces caractéristiques? Je pense que le fait de s'en rendre compte peut remettre les choses en perspective, et vous aider à déculpabiliser, tant il est vrai que ce sont les personnes qui mettent le plus de coeur à l'ouvrage qui sont les plus à même de se retrouver en arrêt maladie pour cause de stress, sans même parler de harcèlement caractérisé.

 

Là où il existe des métiers qui privilégient en principe l'empathie, ou qui devraient en tout cas le faire (par exemple assistante sociale), certains autres métiers, et je pense à "trader", privilégient le manque d'empathie. Le problème, c'est que si ces personnes sont amenées à occuper d'autres postes, cela nuit gravement au "vivre ensemble".

 

Peut-on corriger les défauts d'un psychopathe? Je n'en suis pas sûr du tout quand ce sont des non-spécialistes du sujet qui l'ont en face d'eux. Gavin de Becker cite à un moment dans son livre l'exemple d'une femme enlevée dans la voiture de sport de son petit ami par un inconnu, et qui à force de lui parler d'elle, a réussi à susciter en quelque sorte son empathie, et à faire en sorte qu'il ne la tue pas. Mais il s'agissait d'une situation ponctuelle, et non de contacts quotidiens au travail.

 

Néanmoins, je suis convaincu que le fait d'identifier très clairement le problème peut déjà permettre de contrer une partie de ses effets dévastateurs.

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 12:47

I have recently listed my Science Fantasy YA novel, Ardalia: The Breath of Aoles on a Goodreads giveaway. I didn't have great hopes with that, and I'm grateful for the 120 persons who participate (the giveaway ends on may 9th). What struck me, however, was the low number of registered persons for the most popular giveaways on Goodreads. As the site only accepts paper books for giveaways, I'm wondering if the time has not come for Goodreads to change its policy, by allowing authors to send ebooks for giveaways.

 

On July 2013, Goodreads claimed to have reached the 20 millions readers threshold. The website is an international one, but if it was only for the title of the site, it would be clear for me that the majority of its users are English-speaking people. And, more importantly, English-reading people.

 

On Goodreads, every user can enter a giveaway for a paper book just by clicking on a button. Given the number of readers, you can imagine my surprise when I realized that the most requested book for a giveaway, Prince of Fool in April 2014, had just 5,500 persons interested!

 

Even if you take into account various divisors from the initial 20 millions of users, such as language, genre of the book, number of persons really active on Goodreads, total number of giveaways (competition), that's still seem, in my humble opinion, a very low number. What the hell? When JA Konrath does a KDP Select, his ebook is downloaded more than 60,000 times, and the most popular book listed in the giveaways has just 5,500 persons interested in it?

 

So would it be wise for Goodreads to change its policy, allowing authors to list ebooks as giveaways? I think so. Is the fact that Amazon own Goodreads preventing that, because Amazon wants the free ebooks to remain exclusive to KDP Select? Quite possible, alas.

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 19:31

The blog Piece of My Mind is the very first to publish a review for the science-fantasy novel Ardalia: The Breath of Aoles. Many thanks to Ailyn Koay for an honest review.

 

Author: Alan Spade
Series: Ardalia book 1
Genre: alien, adventure, fantasy
ASIN: B00IO2SIXM


Synopsis from Amazon: Lured away by the prospect of untold riches, Teleg, a carpenter, finds himself a prisoner of the Nylevs, fierce fire-wielding worshippers of the god of destruction. Now Pelmen, a young archer, must overcome his fears and travel across the land, in search of his childhood friend. Along the way, he will ally himself with strange beings: a shaman who controls the Breath of Aoles, or the power of the wind, a krongos, a creature who can become living rock, and a malian, adept at water magic.

 
If this is a game, it would be an RPG where Pelmen is the hero. This game will start with a FMV where you would see Pelmen being disgruntled with his life as a tanner. Then a short cut scene later, you can use Pelmen to train as an archer, then cue cut scene. 
 
Done right, this might just be a game where Pelmen engages in tutorials and mock battles, throw in some random monster and I can see him leveling up as he moves up long the boss fight to save his friend.

Jokes aside, Alan Spade is a game reviewer, I should say this because that was how I felt before even knowing that he is a game reviewer. All I felt was that this could be a fellow gamer writing a script for a well thought out game.

You might be angry at me for saying this, but even games have to be thought out, and pre-scripted for an RPG to progress. How do you think Final Fantasy games get so popular?

Back to this book, I did find it a bit slow in some bits and faster paced at others. Pelmen is an interesting enough but it is the world and its supportive characters that gives the book a unique feel. We have krongos, malian, hevelen and a few more species that makes up the land of Astrian.

A few battles and cut scene later, Pelmen emerges successful, and like a good trilogy game, there is a sequel. So I am looking forward to Turquoise Water.

Summary:
Interesting story but a little on the long side
unique characters: cover is pretty correct =P 
 
The ebook is offered at $0.99 until March, 27th, so get it now!
 
Discover here the first five chapters (100 pages):
 
 

The PDF file for the first five chapters

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 11:26

L'édition 2014 du Salon du livre de Paris Porte de Versailles ouvre ses portes aujourd'hui. Si le salon continue à attirer le grand public, il devient chaque année moins pertinent pour deux catégories de personnes qui jouent un rôle pivot dans l'édition: les lecteurs voraces et les auteurs.

 

Sélectif, le Salon du livre de la Porte de Versailles l'a été dès sa création. Il n'aurait pu en être autrement, étant donné les milliers de mètres carrés que représente ce salon en plein Paris. Le coût se répercute sur les exposants, et on peut penser en outre que l'organisateur, Reed Expositions, génère chaque année des profits substantiels sur la seule location des stands - sans même parler des entrées payantes.

 

De tout temps, donc, une très grande majorité d'auteurs ou d'éditeurs qui n'ont pas les moyens de se payer un stand n'ont pas été représentés. Même lorsque c'est le cas, même lorsque de petits éditeurs se groupent pour offrir un créneau (souvent restreint) à leurs auteurs, même lorsque des régions subventionnent certains petits éditeurs, vous pouvez être certain que les auteurs présents au salon auront toutes les peines à écouler leurs livres. Pourquoi? Non seulement à cause de la crise, mais parce que les lecteurs qui viennent se faire dédicacer des ouvrages le font pour des têtes d'affiche.

 

Les petits auteurs n'intéressent que médiocrement le grand public, qui vient pour les grands noms. Et il y en a beaucoup au salon du livre. Ce sont eux qui se partagent les ventes, et encore leur éditeur n'est-il même pas sûr de rentabiliser son stand. En fait, il y a de fortes chances pour que les gros éditeurs eux-mêmes ne rentabilisent pas leurs stands, puisqu'ils sont présents pour l'image de marque, parce qu'il "faut" y être.

 

Le Salon du livre de Paris porte de Versailles est une parfaite illustration de ce que peut être une industrie de sommet de pyramide.

 

Si ce salon convient si bien aux gros éditeurs, c'est qu'ils ne visent pas forcément le même public qu'un auteur autoédité. Le gros éditeur va chercher à faire ses ventes avec le public de lecteurs voraces, bien sûr, mais surtout et avant tout avec les lecteurs occasionnels. D'où la publicité permanente que s'offrent les éditeurs (et croyez-moi, cela coûte de l'argent) en rendant visible chaque jour leurs ouvrages en librairie.

 

Pour créer du best-seller il "suffit" ensuite de générer un buzz suffisant pour que ce livre sur lequel vous avez misé gros soit celui que le public doit acheter. Certains buzz peuvent d'ailleurs être accidentels, comme la diatribe de Jean-François Coppé sur le livre pour enfants Tous à poil, devenu un certain temps n°1 des ventes. On a en tout cas là un livre typiquement acheté par le lecteur occasionnel, le réel "public-cible" des gros éditeurs.

 

Une bonne part de lecteurs voraces viendra sans doute au Salon du livre, mais la grande majorité d'entre eux sait bien que la vérité est ailleurs. A l'époque où Internet n'existait pas et que les lecteurs d'ebooks performants n'étaient pas entrés en scène, le Salon du livre de Paris pouvait encore se targuer d'avoir une réelle pertinence, puisque l'espace d'exposition est si grand qu'il représente de nombreuses librairies. 

 

Plus maintenant. Et en tout cas, de moins en moins chaque année. Car non seulement les lecteurs voraces savent que la diversité de livres que l'on peut trouver sur Internet est mille fois plus variée que sur ce salon du livre, mais de plus en plus d'auteurs le savent aussi.

 

Nous, auteurs de romans de fiction, ne pouvons plus ignorer que le nombre de librairies décroît chaque année en France, que de nombreux libraires se mettent à vendre d'autres produits en parallèle des livres, réduisant encore la surface d'exposition des livres. Ce n'est pas seulement le Salon du livre de Paris qui devient moins pertinent chaque année, mais aussi les librairies, les éditeurs traditionnels, et pratiquement toute la chaîne du livre.

 

Doit-on pour autant s'en frotter les mains? Bien sûr, on ne peut que se réjouir de voir des éditeurs exploitant outrageusement des écrivains à l'aide de contrats léonins vaciller sur leurs bases. Le problème, c'est que la politique entre aussi en jeu.

 

Contrairement à ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis, ces gros éditeurs, qui tiennent aussi les médias, sont soutenus par les hommes politiques. Alors même que l'on a enfin un moyen merveilleux de démocratiser la lecture avec l'ebook, alors même que l'on a moyen d'augmenter le nombre de lecteurs voraces (les gens lisent plus lorsqu'ils ont acheté une liseuse électronique, c'est reconnu) et de créer une véritable économie numérique du livre, infiniment plus juste pour les auteurs, on laisse les gros éditeurs s'entendre sur des prix trop élevés pour les ebooks.

 

On ne favorise pas la concurrence, et devinez ce qui se passe? Les gens se tournent vers autre chose. Internet en tant qu'agrégateur de contenus est à la fois une formidable opportunité et un terrible concurrent pour la lecture de romans. Vidéos, jeux vidéos, clips musicaux, news en tout genre... si l'on veut faire autre chose que lire, ou lire autre chose que des romans, l'offre n'a jamais été aussi extraordinairement variée et attractive.

 

Je comprends le désir de préserver des secteurs de l'économie, fut-elle une économie de sommet de pyramide, mais ce désir est en train de devenir complètement contre-productif. Cela tue la lecture, et d'autant plus en temps de crise où les moyens des gens se réduisent comme peau de chagrin. Alors certes, un lecteur d'ebook peut représenter un certain investissement au départ, mais il sera rapidement rentabilisé, à condition que le prix des ebooks baisse. Il serait temps que nos femmes et hommes politiques le comprennent.

 

Sur le même sujet:

 

Pourquoi les maisons d'édition sont pertinentes, selon Hachette

 

Une industrie de sommet de pyramide

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 13:02

Il faut parfois savoir copier les bonnes idées. L'auteur Kristine Kathryn Rusch offre chaque lundi une nouvelle gratuite en lecture sur son blog. La durée de publication n'est que d'une semaine avant que la nouvelle ne disparaisse du blog. La section ebooks gratuits n'étant pas, et de loin, la plus visitée, j'ai eu l'idée de faire de même. Je commencerai lundi prochain.

 

La nouvelle est un genre qui se lit moins que le roman complet, quel que soit le pays. Néanmoins, c'est un format spécialement adapté aux blogs. Blogs qui sont eux-mêmes adaptés à la lecture sur liseuse électronique, tablette ou smartphone.

 

Ce blog s'est de plus en plus penché sur l'industrie de l'édition et les voies de l'autoédition, tant il est vrai qu'en tant qu'auteur, j'ai l'impression qu'il y a plus d'auteurs que de lecteurs sur internet. Cette impression, toutefois, ne correspond pas forcément à la réalité.

 

Le fait de publier les nouvelles directement sous forme de billet à courte durée de vie peut, qui sait, amener un nouveau dynamisme pour mes écrits. Me permettre de toucher un autre lectorat, sur ce blog. C'est en tout cas une bonne expérience pour voir si mes statistiques de visites, environ 25 par jour, s'effondrent complètement, se maintiennent ou augmentent.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 13:43

Le jeudi 27 février (la semaine dernière) sortait The Breath of Aoles, la version anglaise du premier tome du Cycle d'Ardalia, Le Souffle d'Aoles, et la nouvelle A Brief History of Ardalia. Ces sorties conjointes sont la concrétisation de lourds investissements et de plusieurs mois d'efforts intenses, à telle enseigne qu'à certains moments, j'ai interrompu complètement l'écriture de mon prochain recueil de nouvelles, qui a pris du retard. Bien qu'ayant depuis la sortie poursuivi mes efforts, cette fois sur le plan promotionnel, je m'attendais à de très faibles ventes. Sur ce plan-là, du moins, je n'ai pas été déçu.

 

J'avais prévenu en novembre 2013 dans mon billet l'aventure américaine que le marché outre-Atlantique était très difficile à pénétrer. Nombre d'auteurs français s'y sont cassés les dents, je ne serai donc pas le premier.

 

Connaissant la prédominance d'Amazon sur le marché anglo-saxon de l'ebook, j'ai pour la première fois utilisé KDP Select pour la nouvelle A Brief Story of Ardalia, afin de mettre cette nouvelle gratuite pendant les cinq premiers jours.

 

En principe, je suis opposé à la notion d'exclusivité attachée à ce type de promotion Amazon, c'est pourquoi je n'ai utilisé KDP Select que pour la nouvelle, pas pour le roman The Breath of Aoles que l'on peut retrouver sur Kobo, Apple, Smashwords et bientôt sur Barnes&Noble (Nook) en plus d'Amazon.

 

J'estime que donner une simple nouvelle pendant 6 mois (la période pendant laquelle je compte jouer avec KDP Select) exclusivement à Amazon ne porte pas trop préjudice aux autres plates-formes.

 

Pendant les cinq jours qu'a duré la promotion, A brief story of Ardalia a été téléchargée 89 fois sur Amazon.com. La nouvelle a été téléchargée 12 fois sur Amazon.co.uk (Angleterre) 6 fois sur Amazon.de (Allemagne), 1 fois sur Amazon.fr et 8 fois sur Amazon.ca (Canada). Rien sur Amazon Australie ou Inde.

 

Donc 116 fois en tout. Pas grand-chose à voir avec les 60000 téléchargements qu'est capable d'obtenir un auteur comme Joe Konrath en cinq jours sur le même support.

 

A son plus haut, alors qu'une quarantaine d'ebooks avaient été téléchargés sur Amazon.com, A brief History of Ardalia s'est hissée vers la 4800ème place sur Amazon.com, et dans deux sous-listes de best sellers gratuits (environ à la 50ème place pour les Fairy Tales pour enfants et à la 85ème place en Sword & Sorcery).

 

Dans le même temps, avec 8 ebooks téléchargés sur Amazon.co.uk, A brief History of Ardalia s'est hissée à la 4300ème place. On peut donc estimer que pour obtenir un rang équivalent au rang britannique avec Amazon.com, il faut avoir 5 à 6 fois plus d'ebooks gratuits téléchargés.

 

Cela signifie que le potentiel de téléchargement d'oeuvres gratuites est bien plus important aux Etats-Unis que dans le pays européen où les ebooks ont le mieux percé. Par extension, on peut en déduire qu'il en va de même pour les oeuvres payantes.

 

The Breath of Aoles s'est quant à lui vendu à deux exemplaires sur Amazon.com, deux sur Amazon.co.uk, un sur Amazon.ca, et un sur Amazon.fr. Zéro sur les autres pays. 

 

Sur les autres plates-formes comme Google Play, Apple, Kobo ou Smashwords, aucun exemplaire de The Breath ne s'est vendu.

 

Donc, six ventes en tout environ une semaine après sa sortie. Il m'en reste encore 29994 à vendre pour pouvoir donner sa prime de plus de 2000 dollars à Stephen Harmon, le second traducteur du livre, et pouvoir commencer à toucher de l'argent dessus. Ou bien 9994 après le 27 mars, lorsque le prix de The Breath of Aoles aura été remonté à 2,99$ (je toucherai alors 1$ par exemplaire et non plus 0,30$).

 

Les ebooks qui se sont vendus sur Amazon.com l'ont surtout été au début, il n'est pas évident que ce soit lié à la promo sur A brief History of Ardalia, qui comprend les cinq premiers chapitres de The Breath.

 

Il est possible, en revanche qu'une ou deux ventes soient liées aux mails de promo que j'ai envoyés à une soixantaine de blogueuses américaines (en très grande majorité des femmes, donc la féminisation est volontaire de ma part) afin d'obtenir des critiques, non seulement sur les blogs, mais aussi sur Amazon.

 

J'ai trouvé beaucoup plus aisé de contacter les blogueuses et blogueurs américains que français: il y a très souvent un lien "review policy" expliquant comment s'y prendre et les genres acceptés, avec le contact par email.

 

En revanche, il est très difficile d'obtenir des commentaires: seules, deux réponses favorables pour l'instant, dont l'une (The Review Board) pour une critique qui ne se fera qu'en février 2015. Quand les blogueuses ne répondent pas au bout d'une semaine, c'est que la réponse est négative.

 

Les blogs A TiffyFit's Reading Corner (le 25 mars) et Celtic'sLady Review (le 13 mars) ne donneront pas d'appréciation, mais ont accepté d'annoncer la sortie du livre (Spotlight).

 

De nombreux blogs proposent aussi bénévolement des interviews d'auteur, mais j'avoue que j'ai un peu peur de perdre mon temps avec cela. En tout cas, on sent qu'il existe une vraie solidarité avec les auteurs indépendants, avec une énorme majorité de blogs qui acceptent de lire la version ebook du livre.

 

Je suis même tombé sur une blogueuse qui disait à peu près cela: "Je n'aurais jamais cru pouvoir écrire cela un jour, mais envoyez-moi de préférence la version Kindle".

De la SF? De l'utopie? Non, du réel. Du vécu. Vive 2014!

 

Pour ceux qui s'y connaissent un peu, j'ai tenté une promo avec Pixel of Ink, mais ils n'ont pas donné suite. Bookbub m'a de son côté signifié son refus, arguant que seuls 20 à 30% des demandes (contre rémunération) de promo dans leur newsletter étaient validées.

 

Le blog kboards, dédié aux auteurs Kindle, et figurant parmi les 5000 blogs les plus regardés aux Etats-Unis, a accepté mes 15 dollars pour annoncer la sortie du livre le 18 mars.

 

Vous allez me dire, malgré tout, la déception doit être terrible, les ventes et téléchargements sont vraiment microscopiques. C'est sûr, je pense qu'il faut être costaud dans sa tête pour accepter plus de 7000 dollars de perte (l'argent que j'ai dépensé en frais de traduction/révision, et qui ne comprend pas l'éventuelle prime de 2000$ en cas de ventes, que Stephen Harmon pourra toucher dans les trois premières années).

 

Néanmoins, je ne considère pas tout à fait cet argent comme une perte sèche. J'ai appris. Pendant plus de deux mois, Stephen Harmon et moi-même avons échangé plus de 180 e-mails. Il corrigeait la première traduction cinq pages par cinq, je lui signalais au fur et à mesure les erreurs d'interprétation, changements stylistiques et améliorations que je désirais, et on en discutait tous les deux pour garder la meilleure solution.

 

Ce furent des échanges très riches d'enseignement et appréciables pour moi. Je ne dirais pas que je me sens capable de traduire facilement les deux tomes suivants par moi-même, mais disons que mon précédent billet (écrit sans aide) me semble démontrer que je ne suis pas totalement une quiche en anglais.

 

Donc, si je devais continuer à prendre ma loupe pour examiner mes ventes américaines, il m'est désormais possible d'envisager de faire la traduction moi-même, et de passer dans un deuxième temps par un correcteur anglais, qui serait bien meilleur marché qu'un traducteur. L'avantage que nous autres auteurs avons sur les traducteurs, c'est que nous savons exactement ce que nous avons voulu dire. L'inconvénient, c'est la maîtrise sur les tournures de phrases et la structure de celles-ci, nettement plus difficile à acquérir.

 

Je ne souhaite toutefois pas sacrifier mon temps d'écriture à une autre traduction dans l'immédiat. Et je préférerais bien sûr repasser par Stephen Harmon, avec lequel je bosse bien.

 

Pour l'instant, je fais beaucoup de promo en contactant les blogs de langue anglaise, mais je me suis aussi remis à écrire (en français), et ce temps-là reste sacré. Ce qui sautera, à terme, sera ma promo vers des blogs de langue anglaise.

 

Il ne faut pas se le cacher, l'investissement en temps et en argent reste colossal pour toucher le marché anglo-saxon, mais l'avantage, lorsqu'on est autoédité, c'est que l'on peut se permettre des choses que de petites maisons d'édition ne se permettraient pas (sauf très fortes relations entre l'auteur et l'éditeur).

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 17:01

I'm glad to announce the release of Ardalia's first volume: The Breath of Aoles. I've strived to write the best novel possible, but it wasn't until Kristine Kathryn Rusch helped me to meet the author Stephen Harmon (from Utah) that the project could really take shape. Steve helped me to make the novel much smoother, and more than 180 emails later, here we are...

 

The Breath of Aoles, a 120,000 words science-fantasy novel is on sale on Amazon, Kobo and Smashwords at $0.99 for a period of one month (until march, 27). At the same time, I also make available exclusively on Amazon A brief story of Ardalia, a short story which describes in a few pages the genesis of the four great civilizations of Ardalia and the most significant events preceding the Ardalia trilogy. It is free until the fourth of February.

 

By outsourcing some of the work on this first volume, I've already spent $7015 ($4000 went to Stephen Harmon, who entirely deserves it, and he will get an additional $2000 if the novel sells enough within the first three years). So, for the novel and the short story to begin to bring me money, they have to sell at least 30,000 copies on the first month of exploitation.

 

On march, 27, The Breath of Aoles' price will be raised to $2.99, so at that time, 9000 paid downloads would be enough for me to give his entire bonus to Stephen, and to begin to make money with the novel. There will also be a Createspace version (paper book) of the novel. I'm working on it.

 

So, it may not be entirely reasonable to set the price so low, but for me, it's a matter of discoverability. Nobody owes me anything. I chose to spend that money, not you. I'm perfectly conscious I'm a no-name guy, and the reader, by picking my book, takes two chances: for her money and for her time. Her time is for me the most valuable, so I wouldn't want that experience to cost her too much money.

 

Now, to the heart of the matter:

Ardalia, volume one: The Breath of Aoles

The hevelens are children of Aoles, god of the wind

The hevelens are children of Aoles, god of the wind

Pelmen hates being a tanner, but that’s all he would ever be, thanks to the rigid caste system amongst his people, the hevelens. Then he meets Master Galn Boisencroix and his family. The master carpenter opens up the world of archery to young Pelmen, who excels at his newfound skill. But Pelmen’s intractable father would have none of it, and tries to force Pelmen to stay in the tannery.


One day, however, Pelmen’s best friend and Master Galn's son, Teleg, disappears. Lured away by the prospect of untold riches through mining amberrock, the most precious substance in the world, Teleg finds himself a prisoner of the Nylevs, fierce fire-wielding worshippers of the god of destruction.

 

Now Pelmen must leave all he knows behind, overcome his fears and travel across the land, in search of his childhood friend. Along the way, he will ally himself with strange and fantastic beings: a shaman who controls the Breath of Aoles, or the power of the wind, a krongos, a creature of the mineral realm who can become living rock, and a malian, adept at water magic.

 

Amazon    Kobo    Smashwords    Apple

 

Why would I buy this book?

 

You should, because:

- as for the Harry Potter series, it's an initiatory quest, where the main character evolves through the three books: the young reader grows with him, Pelmen becomes a companion

- the main character is not a superhero: he has his fails, he makes mistakes, but he is endearing

- it's a great story about friendship

- the plot become more and more complex, with twists and turns (the book is designed for YA and adults)

- there are strong female characters

- it's an entirely new world, fun to discover

- it can remind The Lord of the Rings, but in a prehistoric world, with four people each linked to one element: wind, water, earth and fire

- there's a ptat

 

Read the first five chapters on Issuu

 

A brief story of Ardalia

The Breath of Aoles released

This mythological, not to say cosmogonic, story describes in a few pages the genesis of the four great civilizations of Ardalia and the most significant events preceding the Ardalia trilogy. For those who have read The Breath of Aoles, Turquoise Water and The Flames of the Immolated, it offers an interesting adjustment of perspective. For others, it permits an easy introduction to the details of the universe while furnishing a complete synoptic history benefiting from a different viewpoint.

As a bonus: the five first chapters of The Breath of Aoles.

 

Get it on Amazon

 

I'm always seeking to improve, so I would be glad for commentaries and reviews.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 18:38

Si un blogueur en France informe sur les droits d'auteur et avances des éditeurs français, je serais heureux de reproduire ici son billet, avec un lien vers son blog. Voici en tout cas les droits d'auteur et avances aux Etats-Unis tels qu'on peut les retrouver sur le blog de Brenda Hiatt. Et notamment ceux d'Harlequin, Hachette, Pocket... Je ne pense pas qu'une traduction soit utile, les chiffres parlant d'eux-mêmes...

 

Le premier chiffre en haut à droite est le nombre de titres inclus dans l'étude.
 

Avon/HarperCollins………………………………………………………………………61
Average advance (first book): $17,400  Median: $8000
Average advance (subsequent books): $28,300  Median: $12,500
Advance range: $5000 – $180,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: $18,000  Median: $13,500  Range: $9,000 – $35,000

Baker/Revell……………………………………………………………………………….12
Average advance: $8800  Median: $9250
Advance range: $6700 – $10,000
Standard print royalty: 8-17% (net) Electronic: 25-50% (net)
Average earn-out: n/a

Ballantine………………………………………………………………………………….21
Average advance (first book): $40,000  Median: $40,000
Average advance (subsequent books): $172,000  Median: $175,000
Advance range: $40,000 – $275,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Bantam/Dell……………………………………………………………………………….15
Average advance: $17,000  Median: $20,000
Advance range: $7500 – $25,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Barbour & Co. (Novellas) …………………………………………………………………12
Average advance: $1000  Median: $1000
Standard print royalty: 2.5%
Average earn-out: n/a

Barbour & Co. (Trade Fiction) ……………………………………………………………4
Average advance: $8750  Median: $8750
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Belle/Bell Bridge Books……………………………………………………………………..7
Average advance: $330  Median: $250
Standard print royalty: 8% Electronic: 40% (net)
Average earn-out: $13,000  Median: $10,600

Berkley/Jove………………………………………………………………………………78
Average advance (first book): $8100  Median: $7000
Average advance (subsequent books): $12,200  Median: $8000
Advance range: $4000 – $40,000
Standard print royalty: 6% – 8% Electronic: 15% (cover) – 25% (net)
Average earn-out: $15,700  Median: $10,000  Range: $5000 – $50,000

Berkley (novellas) ………………………………………………………………………………4
Average advance: $6900  Median: $6300
Standard print royalty: 2-3.75%
Average earn-out: n/a

Breathless Press …………………………………………………………………………………8
Average advance: none
Standard electronic royalty: 40%
Average earn-out: $200  Median: $150

Cerridwen/Blush (EC)……………………………………………………………………………9
Average advance: none
Standard print royalty: 7.5% Electronic 37.5% onsite 37.5% (net) elsewhere
Average earn-out: $400  Median: $100

Dutton/Signet/NAL……………………………………………………………………………..35
Average advance (first book): $9400  Median: $10,000
Average advance (subsequent books): $21,000  Median: $12,500
Advance range: $6000 – $85,000
Standard print royalty: 7.5 – 8%
Average earn-out: n/a

Ellora’s Cave……………………………………………………………………………………..138
Average advance: none
Standard print royalty: 7.5% Electronic 40% onsite 40% (net) elsewhere
Average earn-out: $3100  Median: $2300  Range: $250 – $14,000

Ellora’s Cave (anthologies/novellas) ………………………………………………….38
Average advance: none
Standard electronic royalty: varies by number of authors
Average earn-out: $2250  Median: $2100  Range: $430 – $7100

Entangled…………………………………………………………………………………11……….11
Average advance: none
Standard print royalty: 9% Electronic 40% onsite 40% (net) elsewhere
Average earn-out: $89,000  Median: $32,600  Range: $500 – $500,000

Five Star/Thorndike (hardcover) ………………………………………………………….8
Average advance: $1150  Median: $1000
Advance range: $750 – $2000
Standard print royalty: 10%
Average earn-out: $1850  Median: $850  Range: $750 – $4000

Grand Central Publishing (Warner/Hachette) ……………………………………….61
Average advance (first book): $7000  Median: $6000
Average advance (subsequent books): $16,500  Median: $10,000
Advance range: $5000 – $75,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: $38,500  Median: $31,500  Range: $8300 – $100,000

Harlequin American…………………………………………………………………………..23
Average advance (first book): $4400  Median: $4500
Average advance (subsequent books): $5000  Median: $5000
Advance range: $4000 – $8500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $7100  Median: $7600 Range: $4500 – $10,100

Harlequin Blaze………………………………………………………………………………..31
Average advance (first book): $4350  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5500  Median: $5300
Advance range: $4000 – $10,500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $12,500  Median: $12,300  Range: $10,500 – $15,000

Harlequin Desire ……………………………………………………………………………..42
Average advance (first book): $4400  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5600  Median: $5000
Advance range: $4000 – $8,000
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $17,200  Median: $17,000  Range: $11,000 – $26,000

Harlequin Historical …………………………………………………………………………33
Average advance (first book): $3400  Median: $2500
Average advance (subsequent books): $5400  Median: $5500
Advance range: $2500 – $8,000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $9100  Median: $8650  Range: $6700 – $13,000

Harlequin Intrigue……………………………………………………………………………..23
Average advance (first book): $3900  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $4700  Median: $4500
Advance range: $3500 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $12,000  Median: $12,000  Range: $8,000 – $17,500

Harlequin Mills & Boon (Incl. Medical) ……………………………………………….24
Average advance (first book): $3600  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $3900  Median: $4000
Advance range: $2000 – $5000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6% (20%net)
Average earn-out: n/a

Harlequin Nocturne……………………………………………………………………………..10
Average advance: $6300  Median: $62500
Advance range: $6000 – $8000
Standard print royalty: 6%  Electronic 20% (net)
Average earn-out: n/a

Harlequin Nocturne (Bites)…………………………………………………………………..5
Average advance: $1000  Median: $1000
Standard print royalty: 6%  Electronic 20%
Average earn-out: $1000  Median: $1000

Harlequin Romance……………………………………………………………………………..16
Average advance (first book): $2400  Median: $2400
Average advance (subsequent books): $3200  Median: $2400
Advance range: $2400 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out:  $10,100  Median: $10,000  Range: $7400 – $12,800

Harlequin Romantic Suspense ……………………………………………………………..13
Average advance (first book): n/a
Average advance (subsequent books): $5600  Median: $5500
Advance range: $4000 – $7500
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $11,000  Median: $11,000 Range: $9500 – $13,500

Harlequin Special Edition ……………………………………………………………………29
Average advance (first book): $4100  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $7300  Median: $8000
Advance range: $4000 – $13,000
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $17,500  Median: $17,000  Range: $12,000 – $23,000

Harlequin Superromance……………………………………………………………………..73
Average advance (first book): $5000  Median: $5000
Average advance (subsequent books): $5500  Median: $5500
Advance range: $4000 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $15,000  Median: $15,000  Range: $8,000 – $28,000

HQN………………………………………………………………………………………14
Average advance: $18,000  Median: $19,000
Advance range: $8500 – $55,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Harper Teen………………………………………………………………………………………..8
Average advance: $51,000  Median: $40,000
Advance range: $20,000 – $80,000
Standard print royalty: 6% trade 10% hc Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Kensington/Zebra………………………………………………………………………149
Average advance (first book): $3500  Median: $3000
Average advance (subsequent books): $7100  Median: $3700
Advance range: $1750 – $60,000
Standard print royalty: 6 – 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: $6200  Median: $3800  Range: $2500 – $17,800

Kensington (novellas) ……………………………………………………………………………29
Average advance:  $2750  Median: $1500
Advance range: $750 – $9000
Standard print royalty: 2 – 3.75%
Average earn-out:  n/a

Liquid Silver………………………………………………………………………………………14
Average advance: none
Standard electronic royalty: 40%
Average earn-out: $900  Median: $230  Range: $70 – $3400

Loose Id…………………………………………………………………………………………..25
Average advance: none
Standard print royalty: 7%  Electronic: 35%
Average earn-out: $2200  Median: $1450  Range: $200 – $9000

Love Inspired ………………………………………………………………………………………….71
Average advance (first book): $4200  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5750  Median: $5500
Advance range: $3500 – $9500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $11,400  Median: $10,900  Range: $6500 – $18,000

Medallion Press………………………………………………………………………………………..6
Average advance: $1200  Median: $1000
Advance range: $1000 – $2000
Standard print royalty: 10%
Average earn-out: n/a

MIRA………………………………………………………………………………………8
Average advance: $80,000  Median: $17,500
Advance range: $15,000 – $450,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 8%
Average earn-out: n/a

Pocket……………………………………………………………………………………..30
Average advance (first book): $10,400  Median: $5000
Average advance (subsequent books):  $16,700  Median: $12,500
Advance range: $5000 – $50,000
Standard print royalty: 8 – 10%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Random House/Delacorte (YA)…………………………………………………………………….7
Average advance (first book): $28,000  Median: $18,000
Average advance (subsequent books):  $90,000  Median: $92,500
Advance range: $15,000 – $125,000
Standard print royalty: 6 – 10%
Average earn-out: $110,000  Median:  $128,000

Red Sage (novellas) …………………………………………………………………………………11
Average advance:  $550  Median: $750
Advance range:  $50 – $1000
Standard print royalty: 1.5 – 6% (varies by # of authors)
Average earn-out: $2300  Median: $2250  Range: $1000 – $3600

St. Martin’s Press…………………………………………………………………………………….35
Average advance (first book): $18,000  Median: $7500
Average advance (subsequent books): $37,000  Median: $18,000
Advance range: $4500 – $200,000
Standard print royalty: 7.5-10% Electronic: 25% (net)
Average earn-out:  n/a

Samhain………………………………………………………………………………….28
Average advance: $60  Median: $100
Advance range: $0 – $100
Standard print royalty: 8 – 10%  Electronic: 40% onsite 30% elsewhere
Average earn-out: $3500  Median: $1750  Range: $300 – $15,000

Simon & Schuster Pulse/McElderry/UK (YA)……………………………………………..7
Average advance: $17,000  Median: $22,000
Advance range: $10,000 – $25,000
Standard print royalty: 6%mm 7% t 10%hc
Average earn-out: n/a

Siren Bookstrand………………………………………………………………………………26
Average advance: none
Standard print royalty: 6%  Electronic: 40% onsite 50%(net) elsewhere
Average earn-out: $5500  Median: $1700  Range: $100 – $24,000

Sourcebooks………………………………………………………………………………43
Average advance (first book): $2000  Median: $1600
Average advance (subsequent books): $4200  Median: $1700
Advance range: $1000 – $17,500
Standard print royalty: 6-8%  Electronic: 8-25% (net)
Average earn-out: n/a

Tor/Forge…………………………………………………………………………………22
Average advance (first book): $11,000  Median: $10,000
Average advance (subsequent books): $14,000  Median: $14,000
Advance range: $7500 – $20,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Wild Rose Press………………………………………………………………………………………21
Average advance: none
Standard print royalty: 7%  Electronic: 35% onsite 35% (net) elsewhere
Average earn-out: $3500  Median: $230  Range: $50 – 65,000

© 2001 – 2013 by Brenda Hiatt  (last update: 7/13)

 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 14:24

Hugh Howey et son informaticien anonyme, Data Guy, révèlent à présent sur le site authorearnings.com, un rapport qui concerne les 54 000 ebooks les mieux vendus sur Amazon.com, tous genres confondus. De quoi commencer à répondre aux critiques sur l'aspect trop partiel de la première étude (7000 titres). Les tendances se confirment, avec de bien meilleurs revenus pour les auteurs indépendants, et un nombre de ventes qui fait des auteurs indépendants sur amazon.com le premier éditeur d'ebooks américain, si ce n'est mondial.

 

Etude author earnings 50k

 

Pour les auteurs français, bien qu'il s'agisse d'une étude exclusivement américaine, les graphiques les plus intéressants sont à mon sens ceux des auteurs de fiction littéraire (étude portant sur 900 ebooks): ce sont les genres les mieux vus en France, ceux qui donnent souvent lieu aux prix Goncourt, par exemple. On s'aperçoit que les auteurs littéraires, même aux Etats-Unis, sont formidablement "captés" par l'édition traditionnelle, même si en ce qui concerne les revenus ebooks, ils gagnent moins que s'ils s'étaient autoédités.

 

D'après Hugh Howey et Data Guy, les auteurs indépendants gagnent en effet 5,6 fois plus sur les ventes d'ebooks par rapport aux auteurs traditionellement édités. Ces derniers ont donc intérêt à se rattraper fortement sur les ventes de livres papier.

 

On comprend mieux, en tout cas, pourquoi dans un pays comme la France, qui donne autant la prééminence aux auteurs de littérature blanche (en dehors, donc, du polar, de la SF, de la Fantasy ou de la littérature sentimentale et érotique), les grands éditeurs ont encore le vent en poupe, et les ventes d'ebooks ne représentent officiellement que 4% des ventes totales.

 

Je parle bien de prééminence sur un plan dogmatique, liée à la culture et à l'éducation. Je serais curieux de connaître les chiffres réels en France, avec le nombre de ventes en genres littéraires comparés avec les ventes de littérature dite "blanche". Aux Etats-Unis, dans cette étude sur Amazon.com, sur 50000 ebooks les auteurs de fiction littéraire ne représentent que 5% du nombre de ventes quotidiennes, et 6% du revenu total des ventes.

Nouveau rapport sur 54 000 ebooks sur Amazon.com
Nouveau rapport sur 54 000 ebooks sur Amazon.com

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  • Marié et père de deux enfants, j'ai été critique de jeux vidéo avant de me tourner vers l'écriture. Mes sources d'inspiration : tout ce que je peux vivre personnellement ou par procuration !
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Prochaines dédicaces

- samedi 19 avril, 10h00-19h00 : Leclerc Fosses, ZI de Fosses, Fosses (95)

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- samedi 3 mai, 10h00-19h00 : Cultura Gennevilliers, Avenue Charles de Gaulle, Gennevilliers (92)

- lundi 5 mai, 10h00-19h00 : Auchan Val de Fontenay, Av. du Maréchal Joffre, Fontenay sous Bois (94)

- samedi 10 mai, 10h00-19h00 : Cultura Compiègne Venette, 10 avenue de l'Europe, Venette (60)

- samedi 17 mai 2014, 10h00-19h00 : Espace culturel Leclerc Clichy-sous-Bois, 12 Allée Fosse Maussoin, Clichy-sous-Bois (93)

- dimanche 25 mai, 10h00-19h00 : Cultura Sainte-Geneviève-des-Bois, 4 Rue des Petits Champs, Sainte-Geneviève-des-Bois (91)

- samedi 7 juin, 10h00-19h00 : Cultura Pince Vent La Queue en Brie, avenue de l’Hippodrome, La Queue en Brie (94)

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